Pavillon Monaco logo

D’Osaka à Osaka : 55 ans d’évolution du langage des Expositions Universelles

Monaco : du pavillon de représentation au pavillon-expérience

Les pavillons nationaux n’ont jamais seulement parlé d’architecture. Ils racontent la manière dont une nation choisit de se présenter au monde. 

Depuis plus de 150 ans, les Expositions Universelles offrent aux nations une scène unique pour exprimer leur identité, leurs savoir-faire et leur vision du monde. De Vienne 1873, où Monaco participe pour la première fois à une Exposition Universelle sous le règne du Prince Charles III, à l’Expo 2025 Osaka, la Principauté n’a cessé de proposer des espaces de dialogue avec le monde.

Les Expos 1970 et 2025 à Osaka constituent deux jalons majeurs de l’histoire des Expositions Universelles au Japon, premier pays d’Asie à avoir accueilli une Exposition Universelle et, depuis, hôte de six expositions internationales sous les auspices du Bureau International des Expositions.

Expo 1970 Osaka

Conçu par Takeshi Ōtaka, le logo de l’Expo 1970 Osaka s’inspire de la fleur de cerisier et associe une référence nationale à une ambition universelle : ses cinq pétales évoquent les continents réunis autour d’un même centre. © Takeshi Ōtaka

Expo 1970 Osaka : première Exposition Universelle organisée en Asie, elle offre au Japon l’occasion d’affirmer son entrée dans une nouvelle ère industrielle et technologique. Placée sous le thème « Progress and Harmony for Mankind », elle célèbre l’innovation scientifique et technique comme moteur d’un avenir partagé. 

Avec plus de 64,2 millions de visiteurs, l’Expo ’70 devient un événement historique. Les pavillons célèbrent la puissance industrielle, les avancées technologiques et la foi dans le progrès.

Aux côtés des pavillons nationaux, les grandes entreprises japonaises et internationales occupent une place inédite. Hitachi, Mitsubishi, IBM, Kodak, Pepsi-Cola ou encore Fujitsu disposent de pavillons spectaculaires où elles mettent en scène leur vision de la société de demain, faisant de l’innovation technologique un véritable spectacle.

Les pavillons constituent des prototypes architecturaux audacieux — structures gonflables, mégastructures ou modules métabolistes — tandis que le site lui-même est conçu comme une vision de la ville du futur : organisé autour d’une colonne vertébrale centrale, il incarnait une société en constante évolution. La plupart des pavillons furent démolis après l’Exposition, le site ayant été conçu avant tout comme un laboratoire d’expérimentation architecturale et de représentation nationale et industrielle. Quelques éléments emblématiques, dont la Tour du Soleil de Tarō Okamoto, furent toutefois conservés et intégrés au futur parc commémoratif.

Expo 1970 Osaka, Kansai © BIE

Pourtant, cette vision du futur n’était pas dépourvue de préoccupations environnementales. Elle portait déjà l’ambition d’une réflexion collective sur les ressources naturelles, l’organisation des sociétés et la relation entre progrès et qualité de vie. La différence tient moins aux intentions qu’aux moyens mis en œuvre : en 1970, l’adaptabilité était une vision architecturale ; en 2025, elle devient une exigence opérationnelle de circularité.

Expo 1970 Osaka, Kansai © BIE

Personnels de la Japan World Exposition Association © Expo ‘70 Commemorative Park

Extrait du Guide officiel Expo ‘70, pages 250 et 251 © Internet Archive

De nombreux personnels sont prévus à EXPO ’70 afin de rendre la visite aussi agréable que possible. De gauche à droite (les uniformes d’été sont présentés à gauche, les uniformes d’hiver à droite) :

  • Expo « Angel » : prête des poussettes et des parapluies. Uniforme bleu marine avec cravate blanche.
  • Expo « Flower » : contrôle les billets et guide les visiteurs en déplacement. Uniforme rouge.
  • Expo « Sister » : guide d’Expoland. Uniforme beige.
  • Expo « Hostess » : interprète pour les personnalités officielles et les visiteurs étrangers, ainsi que guide pour les visiteurs japonais. Uniforme bleu marine.
  • Personnel chargé des enfants perdus. Uniforme vert.

La Tour du Soleil ou totem « Taiyo no to » de Tarō Okamoto, symbole de l’Expo 1970 Osaka, domine le parc commémoratif à Suita, au nord d’Osaka. Elle incarne la rencontre entre passé, présent et futur. © Expo ‘70 Commemorative Park

Expo 2025 Osaka

Logo Expositions Universelles : Expo 2025 Osaka

L’innovation porte davantage sur le cycle de vie. Les pavillons et leurs composants doivent pouvoir être démontés, déplacés, réemployés ou recyclés. L’Expo a même organisé un marché de réemploi pour les bâtiments, le bois, les équipements techniques, les revêtements et le mobilier.

Expo 2025 Osaka, Kansai : 150 pays et organisations mobilisés pour bâtir le futur © Expo 2025

1970 : construire une image du futur ; 2025 : construire sans hypothéquer le futur.

La rupture est toutefois moins nette qu’il n’y paraît. Dès 1970, le métabolisme japonais défendait une architecture évolutive, capable de s’adapter aux transformations de la société. Porté par des architectes comme Kenzo Tange, Uzo Nishiyama et Kisho Kurokawa, ce courant imaginait des structures conçues pour accompagner ces changements. En 2025, cette idée change de nature : elle devient une exigence concrète de démontabilité, de traçabilité et de circularité des matériaux.

Myaku-Myaku, mascotte de l’événement imaginée par Kohei Yamashita – mountain mountain danse sur la chanson officielle écrite et composée par Kentaro Kobuchi et Shunsuke Kuroda © Expo 2025

The Grand Ring a été reconnu par le Guinness World Records le 4 mars 2025 comme « la plus grande structure architecturale en bois au monde ».  Superficie enregistrée : 61 035,55 m² © Expo 2025

Photo de famille des équipes de l’Expo 2025 Osaka, lors de la cérémonie de clôture du 13 octobre 2025, après 184 jours placés sous le signe des rencontres, de la coopération et de l’innovation. © Expo 2025 Osaka

1970 : raconter Monaco au cœur du Japon moderne

Monaco inaugure son premier pavillon au Japon, conçu autour d’un thème explicite : « Tradition et Progrès ». À travers cette devise, la Principauté entend affirmer la continuité de son histoire tout en présentant l’image d’un État tourné vers la modernisation. Dans le Japon de la haute croissance économique, Monaco choisit de conjuguer héritage, développement économique et innovation.

Pavillon Monaco

Le Pavillon Monaco – Expo 1970 Osaka © DR

L’architecture affirme immédiatement une identité singulière. Le bâtiment, de plain-pied, associe une structure métallique rouge — rappelant les couleurs de la Principauté — à de larges façades en verre semi-réfléchissant.

Bien avant la formalisation des concepts contemporains de nation branding, Monaco comprend déjà que l’architecture peut devenir un langage diplomatique : un moyen de raconter un territoire, son histoire et ses ambitions.

À l’intérieur, le parcours propose une vision globale de la Principauté.

Les visiteurs découvrent la dynastie des Grimaldi, Princes de Monaco, le développement économique de Monaco, son activité touristique, ses industries, ses collections philatéliques, ses œuvres d’art ainsi que les travaux de l’Institut océanographique de Monaco, fondé par le Prince Albert Ier.

La mer occupe naturellement une place centrale.

Elle n’est pas un simple décor, mais l’expression d’une identité construite autour de la connaissance scientifique, de l’exploration et de l’ouverture internationale.

Extrait du Guide officiel Expo ‘70, page 145 © Internet Archive

3ème salle : des photographies de timbres monégasques étaient exposées sur des panneaux dont certains commémorent la participation de Monaco à l’Expo. © Expo ‘70 Commemorative Park

Enveloppes 1er jour d’émission Expo 1970 Osaka © Comptoir Philatélique et Numismatique de Monaco

La narration reste essentiellement démonstrative : il s’agit de présenter Monaco, ses institutions, son économie et ses réalisations. Cinquante-cinq ans plus tard, cette logique ne disparaît pas ; elle change de nature. 

En 1970, Monaco cherchait à convaincre par ce qu’elle montrait. En 2025, Monaco cherche à impliquer le visiteur par ce qu’il vit.

2025 : faire dialoguer deux cultures

© The Government of Japan
© Gouvernement Princier – Principauté de Monaco

L’Expo 2025 Osaka porte le thème « Concevoir la société du futur, imaginer notre vie de demain », décliné autour de trois grandes ambitions : Saving Lives, Empowering Lives et Connecting Lives.

Le Pavillon Monaco s’inscrit dans cette dernière dimension : créer des liens. La réponse n’est pas de reproduire les symboles traditionnels de Monaco. Elle repose sur une idée plus universelle : créer une rencontre entre deux sensibilités paysagères et partager l’expérience d’une Principauté présentée comme un éco-laboratoire. Le projet répond à un défi complexe : construire au Japon tout en intégrant des contraintes environnementales, techniques et sismiques particulièrement exigeantes.

Le jardin méditerranéen et le jardin japonais deviennent les deux expressions d’un même rapport au vivant : l’attention portée aux saisons, aux matières, aux cycles naturels et à la relation entre l’homme et son environnement.

Le Prince Albert II et la Princesse Stéphanie avec la Princesse Hisako de Takamado et le Commissaire Général Koji Haneda lors du déjeuner officiel en l’honneur de la Journée nationale de Monaco à l’Expo 2025 Osaka, le 28 juin © Axel Bastello – Palais Princier de Monaco

Discours du Prince Albert II, Souverain de Monaco – Expo 2025 Osaka © Axel Bastello – Palais Princier de Monaco

Venue de Myaku-Myaku au Palais Princier de Monaco © Monaco Now

Le premier récit d’un pavillon : son identité visuelle

Avant même d’entrer dans un pavillon, chaque visiteur rencontre un signe. Le logo constitue souvent le premier contact entre une nation et son public.

Conçue par Office Mikado, l’identité visuelle du Pavillon Monaco à l’Expo 2025 Osaka traduit cette volonté de dialogue entre deux cultures. Elle associe le losange, symbole historique des armoiries des Grimaldi, à des formes circulaires et linéaires inspirées du Japon, de son drapeau et de l’esthétique de ses jardins. Pensée comme le premier chapitre d’une histoire, elle crée une continuité entre communication, architecture et expérience visiteur.

Dévoilée six mois avant l’ouverture de l’Expo 2025 Osaka-Kansai, la mascotte Leeloo a été imaginée et créée par Lilou Braiech dans le cadre de sa contribution au projet du Pavillon Monaco, accompagnée par Think.green lors de son stage au sein de l’agence. Pensée comme un personnage porteur d’identité et de valeurs, elle prolonge le récit du pavillon au-delà de son architecture et crée un lien plus direct avec les visiteurs.

Vêtue du costume traditionnel monégasque, Leeloo incarne le rapprochement entre Monaco et le Japon. Elle illustre une nouvelle dimension du langage des pavillons : au-delà des symboles institutionnels, créer des figures capables de transmettre une identité, de susciter une émotion et d’établir une relation avec les publics du monde entier.

Cette alchimie entre identité graphique et incarnation du récit ne cherche pas seulement à identifier un bâtiment : elle construit un univers cohérent où chaque élément — symbole, personnage, architecture et expérience — contribue à raconter une histoire.

Quand l’architecture devient paysage

Le Pavillon Monaco, conçu par les architectes Jérôme Hein – The A Group et Nicolas Fedoroff – Atelier Pierre, ne cherche pas à imposer un objet architectural isolé. Sa scénographie, imaginée par Simmetrico sous la direction de Daniele Zambelli, prolonge cette approche en faisant de l’architecture le support d’une expérience immersive.

Ses surfaces métalliques réfléchissantes captent la lumière, renvoient les couleurs de la végétation et intègrent progressivement le visiteur dans son environnement. Inspirée des jardins méditerranéens et japonais, sa structure métallique évoque une canopée artificielle où les formes architecturales prolongent le paysage.


Pavillon Monaco à l’Expo 2025 Osaka © SIMMETRICO

L’architecture devient le support d’une expérience conçue pour être autant ressentie qu’observée, à travers les matières, les sons, les images et le dialogue permanent avec le paysage.

Le parcours s’ouvre sur des stations interactives, puis se prolonge sur une calade méditerranéenne dominée par un olivier. Les visiteurs traversent ensuite une succession de micro-paysages imaginés par le paysagiste Julien Rossignol, où les essences méditerranéennes et japonaises composent un même paysage.

La signature Take Care of Wonder prolonge cette approche. En plus de l’ambition environnementale, elle invite à considérer la nature comme une merveille à retrouver, à comprendre et à préserver.

En cinquante-cinq ans, le récit a changé de registre. Sans renier l’importance de la science, cette transformation s’incarne dans une architecture où l’émotion et le paysage deviennent des vecteurs d’engagement.

La délicate canopée métallique du Pavillon Monaco, un parcours entre nature et architecture. © Pavillon Monaco

Certains détails de la façade et du plafond du belvédère évoquent délicatement les pétales d’une rose, référence symbolique à la fleur chère à la Princesse Grace. © Jerome Hein Architecte & Atelier Pierre

L’architecture du pavillon de Monaco s’inspire directement des jardins méditerranéens et japonais.
© Expo 2025

Le Prince Albert II, Souverain de Monaco, accompagné de sa famille. L’enseigne du Pavillon Monaco est partiellement immergée, tout comme les êtres humains sont immergés dans la nature. © Manuel Vitali

Take Care of Wonder : pendant six mois, treize jeunes monégasques deviennent les ambassadeurs de leur pays : ils invitent les visiteurs à protéger la Nature tout en leur révélant les paysages, l’art de vivre et la culture de la Principauté. @ L’Œil du Raddar – TV Monaco

Myaku-Myaku pose devant le Pavillon Monaco. © Think.green

Ce qui demeure après l’Exposition

Une Exposition Universelle est, par définition, temporaire. Les pavillons disparaissent, les visiteurs repartent, mais les récits demeurent.

Cette réflexion prend aujourd’hui une dimension nouvelle. À l’Expo 2025 Osaka, la durabilité ne constitue plus seulement un thème : elle devient un principe d’organisation de l’événement lui-même. L’Exposition s’appuie sur une politique de durabilité, un plan d’action, une stratégie de neutralité carbone et d’économie circulaire, ainsi qu’un code d’achats responsables destiné à guider l’ensemble des participants. Dans ce contexte, le cycle de vie des pavillons, le réemploi des matériaux et la réduction de leur impact environnemental deviennent des critères de conception à part entière.  

Le Pavillon Monaco s’inscrit pleinement dans cette démarche. Pensé pour limiter son empreinte environnementale, il prévoit le réemploi de ses principaux composants après l’Exposition, prolongeant ainsi les engagements portés tout au long du projet.

L’héritage d’un pavillon ne se mesure donc plus seulement à son architecture ou à sa fréquentation. Il réside aussi dans sa capacité à transmettre une vision, à inspirer de nouvelles pratiques et à laisser une empreinte durable, bien au-delà de la durée de l’Exposition.

D’Osaka à Osaka : une même ambition, un nouveau langage

En cinquante-cinq ans, Monaco n’a pas changé d’ambition. La Principauté continue de promouvoir la connaissance, le dialogue entre les cultures, l’innovation et la préservation du vivant. Ce qui a profondément changé, c’est la manière de raconter cette ambition. 

En 1970, le visiteur entrait dans un bâtiment pour découvrir Monaco. Le pavillon présentait ce que la Principauté possédait, produisait et représentait. En 2025, le visiteur traverse un paysage, interagit avec un récit et vit une expérience. Le pavillon ne montre plus seulement un pays : il cherche à créer une relation.

Cette tendance dépasse largement le cas monégasque. Elle reflète la transformation du langage des Expositions Universelles elles-mêmes, où les nations ne viennent plus seulement présenter leurs réalisations, mais partager des visions, des engagements et des manières d’habiter le monde.

Le Pavillon Monaco en offre une illustration particulièrement révélatrice. De la démonstration à l’expérience, de la représentation à l’interaction, il témoigne d’une mutation plus profonde : celle du rôle même des pavillons nationaux.

Au XXIᵉ siècle, leur vocation n’est plus seulement de représenter un pays, mais de créer une relation durable entre une nation, ses valeurs et ceux qui viennent à sa rencontre.

Ces rendez-vous internationaux continueront sans doute de se renouveler. Les technologies changeront, les architectures aussi. Mais leur fonction demeurera la même : permettre aux nations de raconter leur place dans le monde.

Les bâtiments sont temporaires. Les récits, eux, façonnent durablement l’image des nations.

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