Cooperation between France and South Korea in the blue economy and innovation ecosystems

Blue economy France-Corée : des algues et des hommes

N°5 – Série d’articles deeptech entre la France et la Corée du Sud

Le 3 avril 2026, lors de sa visite officielle en République de Corée, le Président Emmanuel Macron a réaffirmé, aux côtés de son homologue coréen, unengagement bilatéral historique pour la préservation et l’exploitation durable de l’océan.Selon l’Élysée, ce sommet diplomatique marque un tournant : le milieu marin s’affirme comme le laboratoire d’une nouvelle souveraineté industrielle où la préservation devient le moteur de l’innovation.

Loin d’être un sanctuaire figé, il est le socle d’une économie bleue où la santé des écosystèmes garantit la pérennité des rendements. En plaçant cette alliance au cœur du 140ème anniversaire des relations diplomatiques, les deux nations fusionnent leurs excellences technologiques pour bâtir une filière où la macroalgue sert autant la résilience climatique que la croissance deeptech globale. Les algues marines s’imposent aujourd’hui comme l’un des piliers les plus stratégiques de la blue economy mondiale.

Dans la continuité de nos analyses sur les innovations issues du vivant, notamment à travers notre article sur le biomimétisme du papillon entre la France et la Corée du Sud, cette étude explore un pilier stratégique de la blue economy. Think.green vous invite donc à découvrir les coulisses de ce cinquième pont France-Corée, où l’union des savoir-faire dessine les contours d’une industrie marine régénérative.

L’impératif maritime de la Blue Economy

L’une des réponses aux défis climatiques et industriels de 2026 se trouve dans l’exploitation des océans. Longtemps cantonnée aux traditions culinaires coréennes ou à l’amendement des terres bretonnes, la macroalgue change de statut. Elle devient le fondement d’une filière deeptech en structuration. Cette transformation place les algues marines au centre des dynamiques de la blue economy.

L’exploitation des océans n’est plus une niche mais un enjeu planétaire selon les dernières analyses du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS). Dans ce contexte, sous l’impulsion d’une convergence stratégique, la France et la République de Corée coordonnent leurs capacités. D’un côté, Séoul déploie une infrastructure industrielle permettant une production de masse automatisée. De l’autre, Paris, s’appuyant sur l’écosystème scientifique de la Bretagne, développe des procédés d’extraction de molécules ciblées pour la pharmacie et la dermo-cosmétique. Cette complémentarité positionne durablement la France et la Corée comme acteurs structurants de la blue economy mondiale.

Ce partenariat transcontinental entre mariculture intégrée et biotechnologies de précision renforce les liens pour une souveraineté partagée. À travers ce partenariat, l’algue s’impose comme un moteur de l’économie bleue, où la gestion durable des ressources devient un levier de croissance économique.

Bien que cet usage soit ancré dans le patrimoine des deux nations, leurs modèles ont évolué vers des spécialisations distinctes :

  • Corée du Sud : la puissance industrielle. Leader mondial de la culture et de la transformation, elle possède un écosystème optimisé pour le rendement à grande échelle, principalement orienté vers l’agroalimentaire.
  • France : l’excellence scientifique. Forte de l’un des herbiers les plus diversifiés au monde, elle concentre ses efforts sur l’isolement de molécules à haute valeur ajoutée.
French and South Korean leaders strengthening cooperation in blue economy and ocean strategy

Le vendredi 3 avril, le Président Emmanuel Macron a été accueilli par son homologue coréen, Lee Jae Myung, lors d’une cérémonie d’accueil officiel à la Maison-Bleue © Ambassade de France en Corée

Fiche d’identité : les algues

Dans la blue economy, les algues marines constituent une ressource biologique stratégique aux multiples applications industrielles. Selon le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), l’appellation algue désigne une immense diversité d’organismes photosynthétiques vivant majoritairement en milieu aquatique. Contrairement aux idées reçues, elles ne forment pas un groupe biologique unique (taxon), mais regroupent plusieurs lignées évolutives distinctes.

Caractéristiques principales

  • Photosynthèse oxygénique : elles utilisent l’énergie lumineuse et le CO2 pour produire de la matière organique et rejeter de l’oxygène.
  • Absence de tissus complexes : à la différence des plantes terrestres, elles n’ont ni vraies racines, ni tiges, ni feuilles, ni fleurs. L’ensemble de leur corps est appelé un thalle.
  • Absorption directe : elles puisent l’eau et les sels minéraux directement par toute la surface de leur thalle.

Classification par taille

  • Microalgues : invisibles à l’œil nu, elles sont souvent composées d’une seule cellule. Elles constituent une part majeure du phytoplancton.
  • Macroalgues : visibles à l’œil nu, elles peuvent atteindre des dimensions impressionnantes (jusqu’à 40 mètres pour certaines laminaires).

Les trois grandes lignées

La couleur dépend des pigments qui masquent plus ou moins la chlorophylle verte :

  • Algues vertesChlorobiontes : vivent souvent près de la surface où la lumière est abondante.
  • Algues brunesPhéophycées : possèdent des pigments bruns (fucoxanthine) leur permettant de capter la lumière en zone intermédiaire.
  • Algues rougesRhodophycées : dotées de pigments capables de capter les ondes bleues et violettes, ce qui leur permet de vivre à de plus grandes profondeurs.

Morphologie du thalle

Une macroalgue est généralement structurée en trois parties :

  • Le disque ou crampon : organe de fixation au substrat (roche, sable).
  • Le stipe : partie intermédiaire ressemblant à une tige, plus ou moins souple.
  • La fronde ou lame : partie étalée, souvent en forme de rubans ou de feuilles, où se déroule l’essentiel de la photosynthèse.

Importance écologique et économique

  • Production d’oxygène : elles sont responsables de près de 50 % de l’oxygène atmosphérique via le plancton.
  • Habitat : les forêts de grandes algues (comme les kelps) abritent une biodiversité marine exceptionnelle.
  • Usages humains : les macroalgues sont utilisées dans l’alimentation (Dulse, Nori), la cosmétique, l’agriculture (engrais) et l’industrie (gélifiants comme les alginates ou carraghénanes).
  • Référentiel scientifique : cette immense richesse est documentée par la collection du Muséum qui préserve 500 000 spécimens, un atout crucial pour le fact-checking et la R&D.

Note : la Spiruline, souvent appelée « algue bleue », est en réalité une cyanobactérie et n’appartient pas au groupe des algues eucaryotes.

La surveillance et la valorisation durable des algues permettent de structurer une filière capable d’allier préservation des écosystèmes marins et performance industrielle. © Global Seaweed Coalition

Des racines aux ressources stratégiques en Bretagne : l’épopée des goémoniers

Actuellement première région productrice d’algues en France, la Bretagne a toujours accordé une place prépondérante aux ressources marines dans son économie et son organisation sociale.

Dès le XIVe siècle, les populations littorales collectaient les ressources marines pour le chauffage ou la fertilisation des sols. Une distinction s’opérait alors entre le goémon, algue vivante coupée sur le rocher, et le varech, ce mélange hétérogène rejeté sur les plages par les tempêtes.

Cette exploitation repose sur une pratique ancestrale dont le premier cadre juridique majeur est l’Ordonnance de 1681, dite de Colbert, de la marine relative à la police des ports, côtes et rivages de la mer. Ce texte pionnier a jeté les bases de :

  • La police de l’estran : définition stricte du droit de récolte selon les zones (rive ou fond).
  • La gestion de la biomasse : premières mesures visant à éviter l’épuisement de la ressource.
  • L’autonomie économique : priorisation des besoins agricoles et industriels locaux.

Cette antériorité juridique explique pourquoi la Bretagne dispose aujourd’hui d’une telle avance dans la gouvernance de la ressource algale, faisant du port de Lanildut et de l’écosystème breton les héritiers directs d’une vision stratégique de l’économie bleue. Ce modèle historique préfigure aujourd’hui les principes de la blue economy durable.

Un usage agricole et domestique historique

Cette pratique s’intensifie au XVIIIe siècle, érigeant ces macroalgues en fertilisant naturel de référence. Leur concentration élevée en phosphore et en potassium en faisait un engrais stratégique pour les cultures de l’arrière-pays. Tandis que le goémon de rive était privilégié pour la pureté de ses composants, le varech servait d’amendement massif pour les terres sablonneuses.

À cette époque, la ressource fait l’objet d’un troc vital : les excédents étaient échangés contre un maigre revenu auprès des agriculteurs. Cependant, afin de garantir la priorité aux exploitations côtières, l’usage restait strictement réglementé : la vente hors de la commune n’était autorisée qu’après un délai de huit jours, assurant ainsi la souveraineté fertilisante des riverains.

Historical seaweed harvesting in Brittany using horse drawn carts

Deuxième quart du 20e siècle, sur une plage, trois hommes avec trois chevaux attelés à une charrette remplie de goémon. Négatif sur verre © Studio Raphaël Binet

Traditions et mutations industrielles

Au XIXe siècle, la découverte et l’essor de l’iode industrialisent la filière. La récolte demeure toutefois manuelle, effectuée à la faucille (nommée faskir pour les algues de fond) et transportée par charrettes. Le métier forge une identité sociale forte :

  • Répartition des rôles : dans les îles de Sein, d’Ouessant et de Molène, la récolte sur l’estran était dévolue aux femmes, les hommes servant souvent dans la Marine. Le goémon y était vital, servant d’unique combustible pour la cuisson en l’absence de bois sur les îles.
  • Droit coutumier : la gestion des « roches à goémon » était strictement réglementée. Dès 1812, des arrêtés préfectoraux fixent une répartition précise par village pour apaiser les conflits. Des grèves éclatent néanmoins en 1852 et 1860 face à la concurrence des récolteurs continentaux.
  • 1872 : fondation de la Station Biologique de Roscoff, liant recherche scientifique et exploitation.
  • Modernisation : l’industrie agroalimentaire s’est saisie de l’usage des algues dès le XXe siècle, transformant radicalement les débouchés. L’algue rouge Chondrus crispus, le pioka, devient alors une ressource majeure pour la production de carraghénanes gélifiants.
  • Années 1940 : introduction des techniques de dragage inspirées des grappins japonais pour maximiser les rendements en laminaires.
  • 1947 : mise en place des licences et des repos biologiques, premières mesures de gestion durable.
  • Années 1970 : invention du scoubidou, bras hydraulique rotatif automatisant la récolte. Cette période marque aussi l’abandon du séchage sur dune au profit du traitement des algues par les usines.
Seaweed harvesting by boat in Brittany supporting marine industry and blue economy

Aux environs de la Station Biologique de Roscoff © W. Thomas

La filière contemporaine

Le port de Lanildut, situé à la pointe du Finistère, est le cœur battant d’une filière qui conjugue durabilité et haute technologie.

  • Primauté européenne : avec 35 000 à 40 000 tonnes d’algues laminaires débarquées annuellement, Lanildut traite près de la moitié de la production nationale française. Ce volume positionne la Bretagne comme un acteur incontournable face aux marchés norvégiens et chiliens.
  • Gouvernance scientifique et régulation : le renouvellement de la ressource repose sur un suivi rigoureux effectué par l’Ifremer et le MNHN.
    • Quotas et licences : l’accès à la ressource est strictement limité à environ 35 bateaux goémoniers titulaires d’une licence, avec des calendriers de récolte indexés sur les cycles de reproduction des algues.
    • Repos biologiques : régénération des champs de laminaires, garantissant le maintien de l’un des herbiers les plus denses et diversifiés au monde.
  • Rayonnement et sensibilisation : cette expertise territoriale est mise en lumière lors d’événements comme le Forum de l’algue, véritable plateforme d’échanges entre professionnels, scientifiques et grand public pour promouvoir les algues.
  • Reconnaissance et structuration juridique : l’intégration des récoltants de rive au sein du Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Bretagne (CRPMEM) en 2021 marque une rupture historique.
    • Statut professionnel : elle protège les exploitants face à la récolte sauvage et sécurise leurs investissements.
    • Professionnalisation : elle favorise la mise en place de normes de sécurité accrues pour répondre aux cahiers des charges de l’industrie pharmaceutique.
  • Écosystème de valorisation : la proximité immédiate de centres de recherche, comme la Station Biologique de Roscoff, crée un circuit court entre la biomasse brute et l’innovation moléculaire. Ce pôle de compétitivité permet de transformer une ressource de volume en une ressource de valeur.

Transfert technologique  : situé à Pleubian, le Centre d’Étude et de Valorisation des Algues (CEVA) agit comme le bras armé technique de la filière. Il convertit la recherche fondamentale en protocoles industriels (pré-industrialisation, formulation) et pilote les dossiers de normalisation sanitaire pour l’accès aux marchés mondiaux.

Red seaweed used as raw material for sustainable biomaterials and marine innovation

Dulse de Bretagne Bio © Bord à Bord

Des racines aux ressources stratégiques en Corée du Sud : l’empire des fermes marines

Véritable leader mondial, la République de Corée a transformé une consommation millénaire en une puissance technologique.

Un héritage culturel et social unique

Dès l’ère Goryeo (918-1392), les algues sont documentées comme un pilier vital du régime coréen, marquant une divergence précoce avec les modèles européens. Les archives de l’époque attestent que la consommation d’algues n’était pas un simple palliatif, mais une pratique médicinale codifiée : la soupe de Miyok (Undaria) était déjà prescrite pour la récupération post-partum, jetant les bases d’une approche « nutraceutique » de la ressource.

L’histoire de la filière franchit une étape fondamentale en 1424 (dynastie Joseon), date à laquelle les premières tentatives de culture dirigée sont consignées. Sous le règne du roi Sejong le Grand, des méthodes primitives de collecte et de gestion des roches marines sont instaurées pour sécuriser l’approvisionnement des populations, transformant une ressource sauvage en un enjeu de subsistance nationale.

Les haenyo, femmes de la mer

L’histoire de l’île volcanique de Jeju est indissociable des haenyeo, dont la pratique, inscrite en 2016 au Patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, préfigure les standards de durabilité de 2026. Cette communauté incarne une structure sociale unique où l’autonomie économique féminine repose sur une maîtrise exceptionnelle de l’écosystème marin, inversant historiquement les rôles de genre pour ériger ces plongeuses en piliers financiers du foyer. Ce modèle se distingue par :

  • Une maîtrise de l’apnée sélective : sans assistance respiratoire, elles collectent algues et mollusques jusqu’à 10 mètres de profondeur, limitant de fait le prélèvement aux capacités physiques humaines pour éviter tout surmenage de la ressource.
  • Une gestion communautaire stricte : l’exploitation de l’estran est régulée par des coopératives qui proscrivent les technologies modernes et imposent des périodes de repos biologique pour garantir la pérennité des stocks.
  • L’usage symbolique du tae-wak : cette bouée orange, servant à la fois de repère de sécurité et de réceptacle de stockage, symbolise une mariculture artisanale de précision.

Un catalyseur de soft power : au-delà de la technique, les haenyeo sont devenues les ambassadrices d’une éthique de l’océan, positionnant la République de Corée comme un référent mondial de la gestion durable et inclusive des ressources maritimes.

Vidéo : Les haenyeo de l’île de Jeju, plongeuses en apnée inscrites au patrimoine immatériel de l’UNESCO, perpétuent une tradition de récolte durable des ressources marines et incarnent un modèle unique de gestion écologique et sociale des océans en Corée du Sud. © UNESCO
Image : Une haenyeo, une plongeuse coréenne, récolte du miyeok en mer
. © TongRo Images Inc.

L’ascension scientifique et industrielle

La Corée du Sud a transformé son avance historique en une domination technologique mondiale via une structure de recherche intégrée.

  • Une institution séculaire : l’expertise s’amorce en 1924 à Jeollanam-do. Devenu le Seaweed Research Institute en 2023, ce centre est l’unique pôle mondial dédié à la R&D algale et au Blue Carbon.
  • Banque génétique et sélection : le pays détient la plus grande banque de ressources génétiques marines de la région. Cette maîtrise du cycle de reproduction (spores) permet une sélection variétale de précision pour optimiser les rendements.
  • Industrialisation massive : le virage technologique des années 1970 a automatisé la transformation du Gim (Pyropia). Résultat : les exportations dépassent désormais 1 000 milliards de wons.
  • Priorités R&D 2026 : sous l’égide du National Institute of Fisheries Science (NIFS), les efforts se concentrent sur :
    • La résilience thermique : création de variétés adaptées au réchauffement des eaux.
    • La qualité premium : recherche sur la décoloration du Pyropia pour sécuriser la valeur à l’export.
    • L’aquaculture 4.0 : développement de techniques durables pour les algues vertes (Capsosiphon fulvescens).
Aerial view of seaweed farms in South Korea illustrating large scale blue economy infrastructure

L’archipel de Wando © Wando County

La filière contemporaine

Aujourd’hui, la Corée est le premier exportateur mondial de Pyropia, desservant plus de 120 pays.

  • Résilience et adaptation climatique : le NIFS, et ses partenaires déploient des réseaux IoT monitorant en continu les paramètres biophysiques (température, pH, nutriments). Ces données, traitées par des modèles de Deep Learning, permettent d’ajuster dynamiquement l’immersion des filières de culture pour maintenir les algues dans des couches d’eau thermiquement optimales.

En synergie, l’Aquatic Plant Variety Center dirigé par Eun Kyoung Hwang sélectionne des souches capables de tolérer des températures océaniques élevées. Cette double approche, technologique et biologique, sécurise les rendements et stabilise les cycles de reproduction face aux épisodes de stress thermique extrêmes.

  • K-Food et soft power : des leaders comme CJ CheilJedang propulsent l’algue au rang d’ambassadeur culturel via le Gimbap (김밥) et les snacks de Gim séché, faisant de cette ressource un enjeu géopolitique majeur de l’économie bleue coréenne. Cette stratégie de rayonnement transforme un produit de subsistance en une icône du mode de vie contemporain, imposant les standards de qualité coréens comme la référence absolue sur les marchés occidentaux.

Cette ambition internationale légitimée par la préservation de l’écosystème marin, notamment au sein de le Wando Archipelago, est reconnue par l’UNESCO. Ce sanctuaire de biodiversité garantit une exploitation durable et une qualité de ressource exceptionnelle, piliers de la stratégie nationale.Le point d’orgue de cette dynamique sera le Wando International Seaweed Expo 2026. Après les succès de 2014 et 2017, cette édition se concentrera sur l’aquaculture 4.0 et le Blue Carbon, affirmant le rôle des algues dans la sécurité alimentaire mondiale.

Le Wando International Seaweed Expo 2026 s’impose comme une vitrine mondiale des innovations liées aux algues et à la structuration de la blue economy. © 2026 Pre-Wando International Seaweed Exhibition

Convergence stratégique : le « Pacte de l’océan » dans la blue economy

Cette alliance inédite entre deux puissances maritimes orchestre un transfert de compétences de haute précision. En normalisant les standards mondiaux, elle transforme la biomasse marine en un pilier de développement et structure l’industrialisation des algues marines à l’échelle de la blue economy internationale.

Le verrou de la normalisation et de la durabilité

Ce cadre agit comme un catalyseur de confiance, transformant les contraintes réglementaires pour fluidifier l’expansion commerciale. Grâce à la direction scientifique du CNRS, qui assure désormais le pilotage scientifique de la première coalition mondiale pour les algues, la Safe Seaweed Coalition harmonise les standards sanitaires mondiaux.

Cet alignement se matérialise par un succès industriel capital : Haedam Co,entreprise située sur l’île de Wido, est devenue lapremière exploitation au monde à obtenir la certification conjointe ASC-MSC pour la culture du Gim. Elle prouve que la puissance de production coréenne peut satisfaire aux critères de durabilité les plus stricts. Cette reconnaissance permet aux produits coréens de répondre aux exigences de l’European Food Safety Authority(EFSA), sécurisant ainsi les flux commerciaux transcontinentaux.

L’interopérabilité des labels ASC aquaculture responsable, MSC pêche durable et Bio facilite l’intégration européenne de startups comme Algama, tandis que le Korea Institute of Marine Science & Technology Promotion (KIMST) certifie numériquement l’origine des produits via un passeport biologique 4.0. Ces mécanismes garantissent une traçabilité totale, de la ferme jusqu’à l’usine.

Diver conducting seaweed research in marine biotechnology environment

La Global Seaweed Coalition fédère les acteurs mondiaux pour bâtir une filière des algues sûre, durable et équitable. Son action soutient les ODD de l’ONU face au défi climatique : sécurité alimentaire, régénération des écosystèmes marins © Safe Seaweed Coalition

Synergies R&D : haute couture moléculaire

Le cœur technologique de l’axe repose sur une hybridation des savoir-faire scientifiques :

  • Expertise de précision française : la Station Biologique de Roscoff et Biotech Santé Bretagne déploient l’extraction enzymatique « verte », isolant des actifs ultra-purifiés (polysaccharides, antioxydants) pour la pharmacie sans solvants chimiques.
  • Ingénierie de résilience coréenne : le NIFS et l’Aquatic Plant Variety Center partagent leur expertise en sélection génétique pour adapter en Bretagne des souches résistantes au stress thermique.
  • Applications de pointe : ce flux de compétences permet de convertir la recherche fondamentale en dispositifs biomédicaux complexes. C’est le cas de la gamme  Coalgan, composée d’alginate de calcium issu d’algues marines. Si les marins et goémoniers utilisaient déjà les algues pour soigner leurs plaies, la prouesse technologique de 1949 par le pharmacien Pierre Brothier a permis de transformer cette substance en mèches stériles aux propriétés hémostatiques et cicatrisantes naturelles.

Cette excellence scientifique reste cependant tributaire de capitaux massifs pour transformer l’essai industriel.

L’architecture financière : propulser la filière 2030

La concrétisation de cet axe stratégique s’appuie sur une mobilisation massive de capitaux publics et privés, structurant la prise de risque industrielle :

  • Soutien institutionnel français : le plan France 2030, piloté par le Secrétariat général pour l’investissement, flèche des crédits spécifiques vers les « Démonstrateurs industriels de la bioéconomie ». Ce levier permet aux PME bretonnes de franchir la « vallée de la mort » entre la preuve de concept et l’industrialisation.
  • Capital-investissement coréen : le K-Ocean Fund, dédié à l’économie bleue, finance l’expansion internationale des technologies de Smart Farming. Il favorise l’implantation d’infrastructures coréennes en Europe en partenariat avec des acteurs comme Bpifrance.

Co-financements européens : les programmes Horizon Europe soutiennent les initiatives de normalisation via le partenariat Circular Bio-based Europe (CBE JU).

Secteurs majeurs d’application de la filière algale

La valorisation des algues se segmente aujourd’hui en cinq piliers stratégiques, portés par des leaders industriels mondiaux et des startups de rupture. © 2026 Pre-Wando International Seaweed Exhibition

Les algues marines s’imposent comme un levier transversal de la blue economy, au service de nombreux secteurs industriels.

Alimentation humaine et foodtech

Secteur historique représentant le plus gros volume, il est en pleine mutation grâce aux innovations biotechnologiques.

  • Consommation directe et snacks : le marché est dominé par la Corée du Sud. Les géants CJ CheilJedang, marque Bibigo, et Kwangcheonkim industrialisent le Pyropia (Gim). Cette espèce est économiquement la plus cruciale en Corée, représentant 68 % de la valeur totale de la production nationale.
  • Exportation massive : la Corée a exporté pour 525 millions USD de produits à base de Pyropia vers 110 pays en 2018. Des spécialistes comme Sewha Seafood Co. Ltd. et des exportateurs comme Wang Globalnet structurent cette offre.

Ingrédients et alternatives : en France, Algama développe des ingrédients à base de micro-algues, tandis que Bord à Bord mise sur les algues fraîches bio. La startup coréenne SeaWith Inc. crée des supports de culture pour produire de la viande synthétique.

Seaweed based dish illustrating Korean food industry and blue economy applications

Le miyeok est faible en calories et riche en minéraux et en vitamines, souvent utilisé dans les produits à base de nouilles comme substitut aux nouilles de blé. © TongRo Images Inc.

Santé, médical et dermo-cosmétique

Secteur à haute rentabilité, le secteur repose sur l’extraction de molécules complexes où la Bretagne détient un leadership scientifique.

  • Biotechnologies Marines :
    • Polymères et Circularité : Algaia extrait des polymères naturels (alginates) pour créer des alternatives biosourcées aux produits de synthèse, essentielles à la stabilisation des formulations industrielles.
    • Enzymologie de Pointe : AberActives utilise des catalyseurs biologiques (enzymes) pour isoler des actifs d’une pureté exceptionnelle, préservant l’intégrité des molécules sans recours aux solvants chimiques agressifs.
    • Immunomodulation : Olmix Group valorise les polysaccharides sulfatés pour stimuler les défenses naturelles des organismes vivants, limitant ainsi l’usage des intrants chimiques et des antibiotiques.
  • Dispositifs Médicaux : Coalgan industrialise l’usage des fibres d’alginate pour la cicatrisation.

L’origine de cette technologie remonte à 1949, lorsque le pharmacien Pierre Brothier a opéré la rupture technologique permettant le passage de l’extraction artisanale à la production médico-chirurgicale.

  • Dermo-cosmétique : Microphyt utilise des photobioréacteurs tubulaires de grande capacité pour cultiver des micro-algues fragiles en système clos sous contrôle environnemental strict.

Grâce à sa technologie propriétaire Camargue, l’entreprise extrait des molécules bioactives rares (comme la fucoxanthine) destinées à prévenir le vieillissement cutané et à améliorer les fonctions cognitives.

Microscopic view of Asterionella microalgae used in marine biotechnology and research

Asterionella formosa : une microalgue délicate parfaite pour la cosmétique © Microphyt

Nouveaux matériaux et environnement

Le remplacement des plastiques est un enjeu majeur pour des pôles comme l’IFEZ de Songdo.

  • Packaging et bioplastiques : la startup coréenne Marine Innovation développe des bioplastiques à base d’algues rouges. En France, l’innovation est portée par des acteurs comme Algopack, pionnier dans la création de matériaux rigides à partir de déchets industriels d’algues brunes, supprimant ainsi tout recours au pétrole.
  • Technologie de rupture : Eranova a développé un procédé breveté mondialement pour transformer les algues vertes d’échouage en résines bioplastiques. Cette technologie permet de convertir une nuisance écologique (marées vertes) en une ressource biosourcée, recyclable et compostable, adaptée aux exigences de l’économie circulaire.

Génie climatique : la captation du CO2 industriel est opérée par Blue2.Tech. Cette entité déploie des solutions de bioconversion utilisant des micro-algues. La biomasse ainsi produite est valorisée en énergies vertes ou en molécules d’intérêt, transformant un passif environnemental en un actif économique circulant.

Microalgae based CO2 conversion system for sustainable industrial applications

Blue2.Tech transforme le CO₂, un déchet coûteux, en une ressource précieuse pour les industries de la chimie, de la cosmétique, de la pharmacie et de la nutraceutique. © Blue2.Tech

Agriculture et nutrition animale

Transition vers une agriculture résiliente et bas-carbone.

  • Bio-stimulants : Olmix Group améliore la santé des sols et la résilience des cultures grâce à l’extraction de polysaccharides sulfatés issus d’algues macroscopiques. Expert en biotechnologie, le groupe déploie des solutions stimulant les défenses naturelles des plantes pour réduire les intrants chimiques.

En miroir, le Marine Ecology and Green Aquaculture Laboratory (MEGA Lab) de l’Incheon National University développe des biostimulants de précision à partir de l’algue Sargassum horneri. Ces recherches visent à transformer une biomasse invasive en solutions à haute valeur ajoutée, capables d’augmenter la tolérance thermique des cultures et de restaurer la biodiversité des écosystèmes marins.

Cette approche One Health sécurise les rendements agricoles face aux aléas climatiques de 2026 en augmentant la tolérance thermique des cultures.

  • Élevage Durable : le projet Meth’Algues, piloté par le CEVA, développe des additifs alimentaires basés sur des algues locales pour réduire les émissions de méthane entérique des bovins.

En substituant les solutions synthétiques ou importées par des ressources endémiques bretonnes, cette initiative sécurise la trajectoire bas-carbone de l’élevage tout en modernisant l’usage historique du goémon via une approche scientifique de précision.

Bioraffinerie intégrée et valorisation en cascade

Ce modèle consiste à raffiner chaque fraction biologique sans générer de déchets. Il illustre ainsi pleinement le potentiel circulaire des algues marines dans la blue economy.

  • Fractionnement séquentiel : inspiré par le projet européen GENIALG et les solutions de Seaweed Concept, ce protocole sécurise l’intégralité de la chaîne de valeur. L’innovation repose sur une logistique de proximité et des unités de transformation modulaires qui préservent l’intégrité des molécules dès la récolte.

Le processus débute par l’isolation des actifs thermosensibles à haute valeur ajoutée (pigments, principes pharma), suivis des protéines et des polysaccharides.

  • Économie circulaire totale : l’ultime étape valorise la cellulose et les fibres résiduelles, soit en biométhane injecté dans les réseaux locaux, soit en nouveaux matériaux.
  • Actifs carbones : ce cycle zéro déchet est complété par des outils de mesure qui quantifient avec précision la séquestration du CO2. Cette donnée transforme le bénéfice écologique en un actif financier concret, permettant d’intégrer la filière aux marchés mondiaux des crédits carbone.
Industrial processing of seaweed for biotechnology and sustainable materials

Basée en Bretagne, Seaweed Concept valorise les ressources marines pour fournir aux industries des ingrédients biotechnologiques de haute qualité, disponibles toute l’année. © Seaweed Concept

Vers la révolution des algues

Les liens France-Corée s’inscrivent dans un mouvement général dont les principes fondamentaux sont gravés dans le Seaweed Manifesto.

Comment ne pas conclure avec ce texte de référence, porté par la Global Seaweed Coalition. Il définit les piliers d’une industrie capable de répondre durablement aux besoins de 9 milliards d’individus d’ici 2050 :

  • Sécurité alimentaire et nutritionnelle : substituer les protéines terrestres par des alternatives marines à faible empreinte hydrique.
  • Restauration écosystémique : transformer l’aquaculture en un outil actif de régénération de la biodiversité et de séquestration carbone.
  • Sécurité et normalisation : instaurer des standards mondiaux — sanitaires, écologiques et opérationnels — pour sécuriser la confiance des marchés et fluidifier le commerce international.
  • Innovation et substitution industrielle : accélérer le remplacement des produits issus de la pétrochimie (plastiques, textiles, engrais) par des biosolutions circulaires à base d’algues.
  • Équité sociale : garantir que la croissance de l’économie bleue profite directement aux communautés côtières.

En fusionnant l’excellence scientifique bretonne et la puissance industrielle coréenne, cet axe stratégique ne se contente pas de bâtir une filière : il concrétise la vision du Manifesto pour faire de l’algue une base solide de la résilience planétaire en 2026. À travers cette dynamique, la blue economy ne se contente plus d’exploiter les ressources marines : elle redéfinit notre manière de produire, d’innover et de cohabiter avec le vivant.

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