Illustration du Korea Kimchi Festival reliant culture coréenne, gastronomie et promotion internationale du kimchi

Aliments fermentés : kimchi et choucroute au cœur d’une alliance franco-coréenne

N°7 – Série d’articles deeptech entre la France et la Corée du Sud

Le 3 avril 2026 à Séoul, lors de sa visite officielle, le président Emmanuel Macron et son homologue Lee Jae‑myung ont réaffirmé la poursuite du partenariat stratégique entre la France et la Corée du Sud. Les discussions ont porté sur les technologies propres, l’intelligence artificielle, les biotechnologies et aussi la gastronomie – la « table diplomatique » ayant été mise à l’honneur lors d’un dîner d’État.

La choucroute alsacienne et le kimchi coréen utilisent un même procédé biologique : la lacto‑fermentation du chou. La recherche contemporaine étudie ses applications en santé, en durabilité et en alimentation de précision.

En ce 140e anniversaire des relations diplomatiques (1886‑2026), les deux nations examinent comment leurs savoir-faire fermentaires peuvent s’articuler avec la biologie de synthèse et l’intelligence artificielle.

L’article présente l’ancrage historique des deux spécialités, leurs coopérations économiques, les dispositifs de recherche, les applications industrielles, la diplomatie gastronomique, les tables qui les célèbrent, les événements de l’année 2026 et les perspectives.

Cérémonie officielle à la Maison Bleue à Séoul, symbole de la coopération franco coréenne autour de l’innovation et de la gastronomie

Le président français Emmanuel Macron et le président sud-coréen Lee Jae-myung assistent à la cérémonie officielle d’accueil à la Maison Bleue, palais présidentiel, à Séoul, le 3 avril 2026. © Ludovic Marin – AFP

Avant d’être des objets de recherche, ces spécialités sont d’abord des marqueurs culturels, sociaux et territoriaux profondément enracinés.

Patrimoines croisés

France : la choucroute d’Alsace, un légume fermenté protégé

La culture du chou à choucroute est ancienne en Alsace. Selon l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO), « les conditions climatiques en Alsace sont favorables à la culture du chou, avec notamment des hivers rudes » ; les habitants ont donc développé la fermentation pour conserver le légume tout l’hiver.

L’ancrage mémoriel de cette pratique a été mis en scène par l’Écomusée d’Alsace ; une étude de Marc Grodwohl publiée en 2009 dans la revue Culture & Musées retrace la scénographie du chou, du cochon et de la choucroute entre 1984 et 2006.

La légende veut que le chou fermenté ait fait son entrée en Alsace en 451, emporté dans les besaces des Huns lors de leurs expéditions. La première trace écrite du mot alsacien Sürkrüt (« chou acide ») apparaît au XVe siècle : à l’époque, la choucroute se consommait en filaments fins dans les monastères.

Au XIXe siècle, le plat sort d’Alsace, porté par les migrations et l’annexion de 1871. En 1895, une chansonnette parisienne, La choucroute au jambon (paroles d’Alfred Isch-Wall, musique de L. A. Dubost), est créée à l’Alcazar d’été – signe que la choucroute entre alors dans la culture populaire française.

Parallèlement, la tradition essaime hors d’Europe. Dès le début du XIXe siècle, les Frères moraves, colons protestants d’Europe centrale, l’implantent en Pennsylvanie et en Caroline du Nord, comme une alternative à la choucroute allemande.
L’Alsace produit aujourd’hui environ 25 000 tonnes de choucroute par an, soit près des deux tiers de la production française. Depuis le 3 juillet 2018, la Choucroute d’Alsace bénéficie d’une Indication Géographique Protégée (IGP). L’Association pour la valorisation de la choucroute d’Alsace (AVCA) en assure la défense et la gestion. Cette reconnaissance protège bien plus qu’un produit régional : elle valorise un savoir-faire de lacto fermentation qui inscrit la choucroute au cœur du patrimoine alimentaire français.

Le Chef Martin Fache, auteur du « Petit traité de la choucroute » présente un Choushi à base de choucroute et de hareng fumé. © Echappées belles

Corée : le kimjang et le kimchi, patrimoines immatériels de l’humanité

L’United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization (UNESCO) définit le kimchi comme « le nom donné aux légumes conservés, assaisonnés d’épices et de produits de la mer fermentés ». Les premières traces écrites remontent à la période des Trois Royaumes (57 av. J.-C. – 668 apr. J.-C.). À cette époque, le kimchi ne contenait pas encore de piment.

Le changement intervient au début du XVIIe siècle, après l’introduction du piment rouge via le Japon : le gochugaru (poudre de piment) donne au kimchi sa couleur vermillon et son piquant. Le kimchi blanc traditionnel subsiste dans certaines régions.

La sagesse populaire coréenne résume cette relation au kimchi dans un proverbe : « Kimchi-man isseodo bap meongneunda » (김치만 있어도 밥 먹는다). Traduction littérale : Tant qu’il y a du kimchi, on peut manger du riz. Le sens exprime le contentement et la résilience.

Cette place centrale dans l’alimentation se manifeste chaque année à travers un rituel collectif : le kimjang – préparation et partage du kimchi avant l’hiver. Inscrit en 2013 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, l’UNESCO souligne que ce rite « rappelle aussi à de nombreux Coréens que les communautés humaines doivent vivre en harmonie avec la nature ». La transmission s’effectue traditionnellement de la belle‑mère à la belle‑fille.

La République populaire démocratique de Corée a également fait inscrire sa tradition de fabrication du kimchi sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2015, preuve de l’enracinement commun de cette pratique dans l’ensemble de la péninsule.
Au-delà du geste collectif, chaque région cultive sa propre tradition gustative. Selon Maître Kim Gyeong-mi, spécialiste de la province de Jeolla-do, le kimchi « utilise une variété de légumes et de fruits de mer salés comme seuls assaisonnements. Il est riche en soi. Cependant, c’est le fait qu’il ne soit jamais excessif malgré cette richesse qui rend le kimchi de Jeolla-do si particulier. »

Corée et kimchi : ce plat traditionnel à base de légumes fermentés, aussi savoureux qu’excellent pour la santé, s’inscrit dans l’incroyable essor de la culture coréenne, devenue un phénomène mondial ces dernières décennies. © ARTE TV

Cadre institutionnel et coopérations économiques

Diplomatie économique et accords bilatéraux

La coopération scientifique entre la France et la Corée du Sud est ancrée dans un accord signé en 1981. Ce cadre est régulièrement actualisé par le Comité mixte stratégique Sciences et Technologies, qui définit des priorités de recherche communes et lance des appels à projets cofinancés.

Lors de sa 8e réunion à Paris en juin 2023, le COMIX a donné naissance à un premier appel à projets conjoint entre l’Agence nationale de la recherche (ANR) et la National Research Foundation of Korea (NRF). Ouvert en 2025 sur le thème « Biotechnologies utilisant l’intelligence artificielle », il couvre la bio-informatique, la génomique, la médecine personnalisée et l’agriculture de précision – des domaines qui touchent directement à la maîtrise de la fermentation. Un second appel est annoncé pour 2026. Dans ce cadre, les aliments fermentés deviennent un terrain d’application concret pour croiser intelligence artificielle, biotechnologies et lacto fermentation.

Pour amorcer ces collaborations, le programme Science and Technology for Research and Transfer (STAR‑T) finance des missions exploratoires de chercheurs français en Corée. De leur côté, Bpifrance et la Korea SMEs and Startups Agency (KOSME) facilitent les implantations croisées.

Côté startups, La French Tech Seoul, lancée en décembre 2015, fête en 2026 son dixième anniversaire. Elle continue de faciliter l’accès des jeunes pousses françaises au marché coréen.
Enfin, la Franco‑Korean Chamber of Commerce and Industry (FKCCI), troisième chambre étrangère en Corée et sixième chambre française dans le monde, rassemble plus de 475 entreprises. En avril 2026, elle a tenu la première réunion de son Food & Beverage Committee, consacrée à l’évolution des attentes des consommateurs coréens, à la montée des alternatives saines et à l’appétit pour les produits français comme le vin, le beurre ou le fromage. La FKCCI prévoit également pour 2026 une cartographie de la présence française en Corée et la création d’une « Maison France Éco ».

Entreprises coréennes implantées en France

Plusieurs groupes alimentaires coréens choisissent la France comme porte d’entrée européenne.

CJ CheilJedangBibigo a ouvert en juillet 2024, pendant les Jeux olympiques de Paris, un Bibigo Market éphémère dans le 7e arrondissement. Y étaient vendus kimchi, mandu, poulet et autres produits de la K‑Food. L’entreprise veut faire de la France son marché de référence en Europe. Cette stratégie confirme la place croissante du kimchi sur le marché européen, porté par la K-Food et par la recherche de produits à forte identité culturelle.

Daesang CorporationJongga a soutenu en octobre 2025 l’instauration d’une Journée du Kimchi (22 novembre) dans Paris – première collectivité de l’UE à officialiser cette commémoration. Elle organise aussi des concours culinaires avec Le Cordon Bleu Paris. Par ailleurs, sa marque Jongga, premier fabricant mondial de kimchi, exporte dans plus de 60 pays et a récemment ouvert une usine en Pologne pour approvisionner le marché européen.

Pulmuone, spécialiste du tofu, a participé pour la première fois à SIAL Paris 2024 (octobre 2024) en présentant une gamme à base de tofu, kimchi et nouilles instantanées. En novembre 2025, Pulmuone a annoncé la création d’une filiale européenne à Amsterdam pour vendre en France, Allemagne et Espagne.

Jinsunmi Kimchi, marque de Daekwang F&G CO., Ltd., perpétue depuis 1987 les secrets de fabrication traditionnels de la région de Gimhae. L’entreprise exporte ses produits vers dix pays (États-Unis, Canada, Australie, etc.).
En parallèle, Sias – joint‑venture franco‑coréenne née en septembre 2021 – a implanté une première usine à Roye dans les Hauts‑de‑France sur 3 000 m², produisant mandu et riz sauté. Une seconde usine est en construction à Wisches en Alsace. L’investissement total atteindrait 14 millions d’euros, et l’effectif passerait de 120 à 250 salariés d’ici 2027.

Une soirée « Squid Game » ne serait pas complète sans bibigo sur la table. Votre équipe réussira-t-elle à survivre au jeu « un, deux, trois, soleil » pour remporter le prix ultime : de délicieux plats bibigo ? © Bibigo

Le rôle des institutions publiques coréennes

La promotion du kimchi en France s’appuie sur un dispositif institutionnel structuré, piloté par deux agences publiques.

L’agence Korea Agro-Fisheries & Food Trade Corporation (aT) coordonne les actions de terrain.

  • Lors des Jeux olympiques de Paris 2024, l’aT a livré des cargaisons supplémentaires de kimchi aux athlètes coréens et distribué des plans des restaurants coréens dans la capitale.
  • En octobre 2025, l’aT a organisé la première K‑Food Week en France : 24 restaurants, de Paris à Strasbourg, ont intégré kimchi, sauces coréennes ou riz dans leurs menus.
  • L’expérimentation a été prolongée au Salon de l’agriculture de Paris (février-mars 2026), où des démonstrations culinaires ont présenté le kimchi à un public large.
  • En mars 2026, l’aT a réuni 600 exposants internationaux au Salon de la franchise de Paris, avec 89 rendez-vous d’affaires réalisés en trois jours.
  • L’agence s’est également déployée hors de France : pendant les Jeux olympiques d’hiver de Milan (février 2026), des tramways aux couleurs du kimchi ont circulé dans la ville, accompagnés d’une pop‑up store centrale où des chefs italiens et coréens ont créé des plats fusion.

Le Ministry of Agriculture, Food and Rural Affairs (MAFRA) définit la stratégie. Sa feuille de route K‑Food Plus identifie des produits prioritaires par zone géographique.

  • En février 2026, le MAFRA a tenu sa première réunion de pilotage annuelle : le kimchi a été désigné produit stratégique pour l’Amérique du Nord, tandis que l’Europe a été ciblée pour les aliments végan – une catégorie dans laquelle le kimchi peut naturellement s’inscrire.

Le ministère a également lancé le programme « K‑Food Ambassadors », qui sélectionne des influenceurs et experts culinaires locaux pour promouvoir la gastronomie coréenne dans chaque pays.

Enfin, à l’occasion du 140e anniversaire des relations diplomatiques, le Korean Cultural Center à Paris a programmé une série d’animations mêlant expositions d’art contemporain, festivals et conférences gastronomiques. Plusieurs collectivités françaises sont également sollicitées pour instituer une Journée du Kimchi, après l’exemple pionnier du 15e arrondissement en 2025.
L’ensemble forme un écosystème cohérent : à l’aT les actions de terrain et la rencontre avec les professionnels, au MAFRA la vision stratégique, au Korean Cultural Center la valorisation culturelle. Le kimchi dispose ainsi, en France, d’une infrastructure de promotion complète – un atout que la choucroute alsacienne ne possède pas à l’étranger.

Recherche, innovation et applications industrielles

L’INRAE et les aliments fermentés

L’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) consacre des travaux importants à la fermentation.

Une revue de la littérature coordonnée par l’institut, publiée en 2023 dans la revue scientifique Trends in Food Science & Technology, analyse précisément la lactofermentation des légumes, de la choucroute au kimchi. Cette étude confirme l’intérêt croissant de la communauté scientifique pour ces aliments, qui répondent aux attentes sociétales d’une alimentation saine et durable. 

La recherche vise à « explorer l’immense biodiversité naturelle des microorganismes » pour conserver les aliments en limitant le recours aux additifs.

La lacto fermentation apparaît ici comme un levier central pour relier naturalité, conservation, biodiversité microbienne et nouvelles attentes nutritionnelles.

Le World Institute of Kimchi (WiKim)

Créé en 2010, le World Institute of Kimchi (WiKim), basé à Gwangju, est le seul institut de recherche national entièrement dédié au kimchi et à la fermentation. Il dépend du Ministry of Science and ICT (MSIT). Cette spécialisation fait du kimchi un modèle scientifique majeur pour comprendre la lacto fermentation et ses applications dans l’industrie alimentaire..

L’institut mène des recherches sur la microbiologie du kimchi, la standardisation de la production et les bienfaits santé. 

En 2025, WiKim a publié une étude sur le rôle des bactériophages dans la fermentation, démontrant que ces virus aident à réguler l’équilibre microbien et à préserver la qualité du kimchi.

En février 2026, WiKim a annoncé une technologie d’intelligence artificielle capable de prédire le stade de fermentation à partir de neuf composants clés (acides lactique, succinique, saccharose, glucose, fructose, acides aminés).

Le Dr Won Tae‑woong, responsable du groupe de recherche sur la fermentation intelligente, déclare : « Nous avons développé une technologie permettant de prédire précisément les étapes de fermentation du kimchi à l’aide de l’IA ».

Ces travaux, menés avec le professeur Hong Young‑sik de Chonnam National University, ont été publiés dans Food Chemistry.

WiKim a également mené en 2021 une étude conjointe avec l’équipe française de Jean Bousquet, professeur émérite à l’Université de Montpellier, sur les effets potentiels du kimchi face au Covid‑19.

L’institut collabore par ailleurs avec des universités américaines et japonaises sur les probiotiques et la sécurité alimentaire.

Ses recherches sur la fermentation de précision intéressent directement l’industrie pharmaceutique et nutraceutique, ouvrant des perspectives de coopération avec les laboratoires français.

De la sélection de 35 000 souches de ferments lactiques à l’automatisation intelligente de la production , l’Institut forge le futur de la K-Food. © WiKim

Applications et perspectives industrielles

La lacto‑fermentation produit des bactéries probiotiques aux effets documentés sur la santé. Elle constitue aujourd’hui l’un des procédés les plus étudiés en innovation alimentaire, notamment pour ses liens avec le microbiote, la conservation naturelle et l’innovation alimentaire. Une revue parue en 2023 dans Trends in Food Science & Technology confirme l’intérêt scientifique pour ces aliments. 

Le WiKim a isolé des souches – Latilactobacillus curvatus WiKim0169 et Pediococcus acidilactici WiKim0170 – qui renforcent l’immunité chez l’animal.

L’INRAE abrite de son côté une collection de 4 000 souches bactériennes alimentaires.

Les aliments fermentés réduisent le gaspillage : ils prolongent la durée de vie des légumes et, pour la choucroute, dispensent de réfrigération pendant la fermentation.

L’INRAE souligne, « Fermenter des végétaux, c’est se passer d’additifs pour les conserver : un procédé naturel qui demande peu d’équipement lourd ».

Ces propriétés répondent aux objectifs de réduction du gaspillage alimentaire du Green Deal européen.

La fermentation de précision constitue l’innovation la plus prometteuse. Cette technologie utilise des micro‑organismes programmés pour produire des protéines, arômes ou texturants.

Plusieurs startups françaises sont à la pointe : Standing Ovation (levée de 30 millions d’euros en 2026) et Nutropy. Côté coréen, Intake a bouclé une série C de 9,2 millions de dollars en 2025. Le programme « Ferments du Futur » (48,3 millions d’euros) et l’appel à projets ANR‑NRF 2025‑2026 offrent des plateformes pour des collaborations bilatérales.

Les grandes tables

France : de la winstub alsacienne à la table parisienne

Des winstubs alsaciennes aux restaurants coréens de Paris et de Séoul, ces traditions quittent le registre domestique pour devenir des marqueurs gastronomiques à part entière. Avant de guider le lecteur vers les tables où déguster choucroute et kimchi, il convient de saluer la mémoire vivante de la choucroute alsacienne. Le chef Martin Fache, maître restaurateur retraité (ex-propriétaire de L’Agneau d’Or à Munster) et co-auteur du Petit traité de la choucroute avec Pierre-Brice Lebrun (Éditions Le Sureau, 2022), incarne cette transmission savante du savoir-faire fermentaire alsacien. Sa rigueur et sa passion pour les produits locaux illustrent le renouveau de la choucroute gastronomique.

Chez Yvonne – depuis 1873 – Strasbourg

Cette winstub cultive un décor de boiseries anciennes et sert une choucroute longuement mijotée. Le Guide Michelin lui a décerné un Bib Gourmand et la présente à juste titre, comme l’épitomé de la tradition alsacienne

Maison Kammerzell – depuis 1427 – Strasbourg

Propose sa célèbre « Choucroute aux trois poissons », créée par Guy‑Pierre Baumann en 1970. Sa façade gothique du XVe siècle, classée monument historique, offre un cadre d’exception face à la cathédrale.

La Table d’Olivier Nasti – depuis 1901 – Chambard, Kaysersberg

Ancrée dans le terroir, elle célèbre le chou fermenté. La critique du Gault&Millau affirme que « tout est surprenant et pourtant familier, comme cette choucroute nouvelle jus iodé et caviar».

Bofinger depuis 1864 – Paris

Fondé en 1864 par un aubergiste alsacien, sa coupole Art nouveau et sa choucroute en font une référence parisienne. Première brasserie alsacienne de la capitale, elle séduit par son décor Belle Époque et son ambiance vivante.

Salle traditionnelle de la winstub Chez Yvonne à Strasbourg, adresse emblématique de la choucroute alsacienne

Depuis 1873, la plus célèbre des winstubs est un passage obligé pour tout amateur d’authenticité. L’on y sert une choucroute garnie longuement mijotée © Chez Yvonne

France : le kimchi en cuisine

Mojju – Paris

Une table d’inspiration coréenne fusion, imaginée par le chef Thibault Sombardier, ex‑Top Chef, et menée en cuisine par le chef coréen Hosub Im. Le Guide Michelin salue une « carte rudement bien conçue et exécutée aux petits oignons par une équipe coréenne ».

La Table de Mee – Paris

Cette table intimiste de 24 places tenue par la famille Gwon célèbre une cuisine coréenne authentique et raffinée : mandu (raviolis au kimchi), japchae, so galbi jjim (ragoût de bœuf). Hyun Mee et You Chul assurent un service chaleureux. L’adresse a été distinguée par le Bib Gourmand du Guide Michelin.

Mandoobar – Paris

Ce petit restaurant intimiste récompensé par le Bib Gourmand du Guide Michelin met à l’honneur les mandu (raviolis coréens) et les tartares, préparés sous les yeux des convives par le chef Kim Kwang-Loc, passionné d’herbes traditionnelles coréennes.

Kimchi Street – Paris

Imaginé par A. Jung, le lieu offre un cadre intimiste façon maison coréenne, propose un large choix de kimchis maison selon des recettes ancestrales, sert du poulet frit coréen, du bibimbap et du bulgogi, et accueille également des échanges et des ateliers culturels.

Corée : la tradition à chaque repas

Parallèlement au Guide MICHELIN, la Corée du Sud dispose de son propre guide gastronomique de référence : le Blue Ribbon Survey. Créé en 2005, il est considéré par les professionnels et le grand public comme l’équivalent local du guide rouge, avec une échelle de 1 à 3 rubans.

Kwon Sooksoo – Séoul

Le chef Kwon Woo-joong déploie une cuisine néo‑classique où la fermentation règne en maître. Dès l’entrée, un « chariot à kimchi » présente des créations originales – kimchi d’eau (mul‑kimchi), kimchi au poisson galchi – pour un véritable rituel gustatif.

Gaeseong Mandu Koong – Séoul

Installé dans une maison hanok au cœur du quartier des arts, ce restaurant traditionnel est sélectionné au Bib Gourmand du Guide MICHELIN depuis 2017. On y sert un kimchi maison à base de chou nappa et de radis. Le décor de bois patiné, les petits bassins et la véranda typiques plongent le convive dans l’atmosphère d’une maison coréenne d’autrefois.

Mingles – Séoul

Le chef Kang Mingoo mêle traditions et modernité autour des ferments coréens. Son fameux « Jang Trio » revisite le doenjang, le ganjang et le gochujang en dessert, tandis que le kimchi aromatise sauces et condiments tout au long du repas.

Solbam – Séoul

Cette table néo‑classique réinvente le kimchi traditionnel du terroir. Le chef Eom Tae‑jun, enfant de la campagne, applique une fermentation longue et joue avec les ingrédients de saison pour une cuisine respectueuse de l’environnement.

Intérieur traditionnel du restaurant Gaeseong Mandu Koong à Séoul, connu pour ses mandu et son kimchi maison

À Séoul, dans une maison hanok au décor de bois patiné, le restaurant sert un kimchi maison et ses célèbres mandu à la pâte fermentée. Une immersion dans la Corée d’autrefois. © Gaeseong Mandu Koong

Diplomatie gastronomique

Kimchi et choucroute montrent comment fermentation peut devenir un outil de rayonnement culturel, capables de relier patrimoine, territoire et influence internationale.

Kimchi sans chichi

L’instauration de la Journée du Kimchi dans le 15e arrondissement de Paris (octobre 2025) a ouvert la voie à une série d’initiatives culturelles.

La cérémonie s’est déroulée dans le cadre de la Korea Expo Paris 2025, en présence de Philippe Goujon, maire du 15e arrondissement, et de la sénatrice Agnès Evren. L’événement a rassemblé plus de 500 participants pour un kimjang géant.

Porté par l’entreprise DaesangJongga et l’Association Mes Amis (AMA), cet événement illustre le rôle actif des groupes privés dans la diffusion du kimchi.
Dans le cadre du 140e anniversaire des relations diplomatiques, le Korean Cultural Center à Paris organise une programmation spéciale mêlant expositions d’art contemporain, festivals et conférences, avec une place dédiée à la gastronomie pour renforcer le soft power culinaire coréen.

One-choucroute show

La choucroute bénéficie d’une reconnaissance moindre à l’étranger, mais elle est régulièrement mise à l’honneur lors de grandes manifestations françaises.

À la Foire de Châlons-en-Champagne, elle est présentée aux côtés d’autres produits d’origine contrôlée (IGP) dans le cadre de l’excellence agricole française.

L’Association pour la valorisation de la choucroute d’Alsace (AVCA) s’emploie à promouvoir ce légume, notamment au Salon international de l’agriculture de Paris, où la Choucroute d’Alsace IGP est entrée dans l’histoire, à l’occasion du 60e Salon, en devenant le premier légume de France à participer au Concours général agricole en 2024.

Cette première édition, organisée dans le cadre d’une session expérimentale à huis clos, a vu huit choucroutiers présenter 15 produits (8 choucroutes crues et 7 cuites) à un jury de huit personnes.

Bien qu’aucune médaille n’ait été décernée cette année-là en raison de la nature expérimentale du concours, la filière alsacienne a ressenti une immense fierté.

Le succès de cette initiative a rapidement porté ses fruits : dès l’année suivante, en 2025, la choucroute alsacienne remportait ses premières médailles d’or, d’argent et de bronze. 

Événements 2026 : le chou chez vous

Plusieurs rendez-vous ont déjà marqué l’année 2026.

À venir :

Le Korea Kimchi Festival : un événement mondial de promotion du kimchi

Au-delà des rendez-vous locaux, le Korea Kimchi Festival constitue un événement de portée internationale dédié à la célébration et à la promotion du kimchi. Organisé chaque année, il met en avant les multiples facettes du kimchi : traditions, saveurs, valeur santé et dimension culturelle.

Pour son édition 2026 (dont les dates précises n’ont pas encore été communiquées), le Korea Kimchi Festival s’est entouré de deux ambassadeurs officiels :

  • Lee Chae‑sun , connue sous le nom de « Madame Kimchi » , dirige à Montréal (Canada) une entreprise de kimchi artisanale.

Chef Hera Hwang , spécialiste de la cuisine traditionnelle coréenne et chercheuse culinaire basée à Berlin, œuvre à la promotion de la gastronomie coréenne en Europe.

Démonstration de kimchi au Gwangju Kimchi Festival, événement dédié aux aliments fermentés et à la culture coréenne

Masterclass de kimchi lors du Gwangju Kimchi Festival. Un atelier pratique où les seuls maîtres du kimchi du pays à avoir reçu le prix présidentiel partagent avec enthousiasme leurs secrets les plus précieux. © Gwangju Kimchi Festival

L’appel du chou

La choucroute et le kimchi ne se rencontrent pas seulement dans l’assiette.

Ces deux spécialités racontent une même histoire : celle d’un chou transformé par la lacto fermentation en patrimoine, en ressource scientifique et en langage diplomatique.

Ils se parlent dans les laboratoires où l’on programme les ferments du futur.

Ils s’accordent dans les échanges commerciaux qui réconcilient IGP et patrimoine immatériel.

Ils s’écrivent à deux voix : celle d’un chef alsacien qui transmet son traité, celle d’un maître coréen qui perpétue le kimjang.

Le 140e anniversaire des relations diplomatiques ouvre une fenêtre.

Celle de faire de la fermentation non pas un folklore, mais une grammaire deep tech de la coopération.

Le chou fermenté appelle ses diplomates.

Entre kimchi et choucroute, les aliments fermentés deviennent ainsi une grammaire commune entre tradition, biotechnologie et coopération franco-coréenne.

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