Une valve aortique artificielle doit s’ouvrir sous le flux sanguin, permettre l’éjection du ventricule gauche avec une perte de charge maîtrisée, puis se refermer en limitant la régurgitation. Elle répète ce cycle des dizaines de millions de fois par an, dans un environnement où matériau, géométrie, flux et tissus biologiques interagissent en permanence.
Depuis les premières prothèses implantées chez l’humain, l’ingénierie valvulaire a progressivement intégré de nouvelles contraintes : hémocompatibilité des matériaux, performance hémodynamique, durabilité, implantation mini-invasive, imagerie et planification patient-spécifique.
Avec l’Implantation valvulaire aortique transcathéter, le TAVI, la prothèse est devenue indissociable de son système de délivrance, de l’imagerie qui prépare son implantation et de l’anatomie dans laquelle elle doit fonctionner.
La prochaine phase se joue sur la durabilité, la réintervention et la gestion du dispositif à l’échelle de la vie du patient.


À gauche : cavités et valves du cœur — anatomie cardiaque et position de la valve aortique, à la sortie du ventricule gauche.
À droite : iIllustration d’une valve aortique normale et de l’aspect d’une valve aortique calcifiée et rétrécie. © Edwards Lifesciences
De la prothèse mécanique à la prothèse vivante
Les premières valves mécaniques

Le 11 septembre 1952, Charles Hufnagel implante une prothèse à bille dans l’aorte thoracique descendante d’un patient souffrant d’insuffisance aortique. Le dispositif ne remplace pas anatomiquement la valve native, mais démontre qu’une prothèse mécanique peut assurer une fonction valvulaire chez l’humain. Cette étape figure dans l’histoire des premières prothèses valvulaires.
Valve de Hufnagel (1952), l’un des dispositifs fondateurs de l’ingénierie valvulaire moderne. © Postgraduate Medical Journal / BMJ — 1956
La circulation extracorporelle permet ensuite le remplacement direct de la valve. En 1960, Dwight Harken réalise un remplacement aortique orthotopique avec une prothèse mécanique à bille et cage. La même année, Albert Starr et l’ingénieur M. Lowell Edwards développent la valve Starr-Edwards, dont l’évolution est retracée dans les travaux historiques consacrés aux prothèses mécaniques.
Avant l’essor du TAVI, le remplacement valvulaire aortique reposait sur cette approche chirurgicale, avec sternotomie et circulation extracorporelle.

Valve Harken-Soroff (1960) — double cage en acier inoxydable et bille en silicone, conçue par Dwight Harken pour le remplacement valvulaire aortique. © Museum of Medical History, Sierra Sacramento Valley Medical Society & Bioengineering Department, California State University, Sacramento

Valve Starr-Edwards (1960) — cage métallique et bille en Silastic, caractéristiques de cette première génération de prothèses mécaniques. © National Museum of American History, Smithsonian Institution, Washington, DC
Les générations suivantes passent aux disques puis aux deux ailettes mobiles. Les architectures évoluent avec les matériaux : alliages métalliques, pyrocarbone et revêtements sont sélectionnés pour leurs propriétés mécaniques, leur résistance à la fatigue et leur comportement vis-à -vis du sang.
La valve mécanique reste associée à une forte durabilité, avec une anticoagulation au long cours nécessaire chez la plupart des patients pour réduire le risque thromboembolique.
Le tissu entre dans l’ingénierie valvulaire
Les bioprothèses utilisent des valves porcines ou du péricarde bovin traités et stabilisés pour constituer les feuillets. Chez Abbott, la gamme de valves biologiques chirurgicales Epic™ illustre cette approche avec une bioprothèse à tissu porcin conçue autour des problématiques de calcification et de durabilité.
Le développement des bioprothèses introduit une autre variable : le vieillissement biologique. Calcification, fatigue mécanique, déchirures et dégénérescence structurale peuvent progressivement modifier les propriétés du tissu implanté. Les mécanismes de dégradation des valves biologiques de substitution sont étudiés depuis plusieurs décennies.

Valve Epic™ — bioprothèse chirurgicale à feuillets porcins développée par Abbott, conçue pour intégrer les possibilités de prise en charge ultérieure dans la conception du dispositif. © Abbott
Du cœur ouvert au cathéter
La prothèse emprunte la voie artérielle
Au début des années 1990, les recherches sur l’implantation transcathéter font émerger une nouvelle configuration : une bioprothèse montée sur une armature métallique, comprimée sur un système de délivrance puis acheminée jusqu’à la valve native par voie vasculaire. La voie transfémorale deviendra ensuite la principale voie d’accès au TAVI.
Le 16 avril 2002, à Rouen, le Pr Alain Cribier réalise la première implantation humaine d’une valve aortique transcathéter chez un patient atteint d’une sténose aortique sévère considéré comme inopérable. L’intervention est aujourd’hui considérée comme le point de départ clinique du TAVI moderne.
La prothèse doit alors répondre simultanément à plusieurs contraintes : faible profil d’insertion, résistance à la compression, déploiement contrôlé, ancrage dans une valve souvent calcifiée, stabilité et performance hémodynamique.

Pr Alain Cribier (1945–2024), pionnier du traitement percutané des valvulopathies et figure fondatrice du TAVI. Depuis, plus de 4 millions de patients ont été traités par TAVI dans le monde. © Institut Alain Cribier
L’anatomie devient une donnée de conception
Le scanner cardiaque caractérise l’anneau aortique, la racine aortique, les calcifications, la hauteur des ostia coronaires et les voies d’accès. Ces données déterminent la taille de la prothèse, sa position et la faisabilité de l’implantation. Les recommandations ESC/EACTS 2025 sur les valvulopathies intègrent le scanner cardiaque à la sélection et à la planification des procédures valvulaires.
La géométrie rencontre la mécanique des fluides
Surface d’ouverture effective, gradients transvalvulaires, vitesses d’écoulement, régurgitation et mismatch prothèse-patient constituent des paramètres déterminants pour évaluer le fonctionnement d’une prothèse.
La géométrie influence également les flux autour des feuillets, la stabilité de l’implant et les conditions d’un éventuel accès coronaire ultérieur.
La valve, plateforme technologique
Edwards : matériau, valve et durabilité
Edwards Lifesciences occupe une place centrale dans le TAVI.
Le Centre Cardio-Thoracique de Monaco (CCM), Premier centre de référence – Médecine cardiovasculaire de Siemens Healthineers, utilise notamment les valves Edwards SAPIEN 3 Ultra.
La valve SAPIEN 3 Ultra RESILIA prolonge cette R&D avec une technologie conçue pour préserver le tissu péricardique et limiter sa calcification. Elle illustre une évolution de la conception valvulaire vers la durabilité du biomatériau.


Valve SAPIEN 3 Ultra RESILIA — Voie d’accès transfĂ©morale. © Edwards Lifesciences
En 2026, Edwards poursuit cette trajectoire avec l’essai PROGRESS, qui Ă©value notamment les valves SAPIEN chez des patients prĂ©sentant une stĂ©nose aortique calcifiĂ©e modĂ©rĂ©e.
La R&D valvulaire porte autant sur le comportement du tissu dans le temps que sur la performance de l’implantation.
L’infrastructure, partie intégrante du dispositif
La salle hybride
Le développement du TAVI rapproche imagerie, cathétérisme, chirurgie et systèmes de délivrance au sein d’un même environnement.
Le CCM dispose de deux salles hybrides et d’un scanner Naeotom Alpha® de Siemens Healthineers, exclusivement dédié à l’imagerie cardiovasculaire. Le CCM a été le premier scanner à comptage photonique de ce type installé dans un centre privé au monde.
Acquisition, reconstruction et exploitation de l’information anatomique sont intégrées au même parcours interventionnel.


Salles hybrides du CCM, équipées notamment des systèmes d’angiographie interventionnelle ARTIS pheno et ARTIS icono de Siemens Healthineers, intégrant l’imagerie au geste interventionnel. © CMM

Scanner à comptage photonique Naeotom Alpha® de Siemens Healthineers, dédié à l’imagerie cardiovasculaire au CCM. Le centre a été le premier établissement privé au monde à en être équipé pour cette spécialité. © CCM
Le système de délivrance

En TAVI, l’efficacité de la prothèse dépend aussi de sa capacité à être acheminée, positionnée et déployée avec précision au sein d’une anatomie donnée.
Medtronic l’intègre dans la plateforme Evolut™ FX, qui associe bioprothèse et système de délivrance conçu pour optimiser la navigation, le contrôle du déploiement et le positionnement de l’implant. Le fil-guide Confida™ Brecker, développé spécifiquement pour les procédures TAVI, complète cette chaîne d’accès et de support.
Evolut™ FX — valve aortique transcathéter et système de délivrance. © Medtronic
Du scanner au modèle numérique
La modélisation numérique cherche désormais à reproduire les interactions entre prothèse, tissus et flux avant l’intervention.
Une revue multidisciplinaire publiée en 2026 dans European Heart Journal – Digital Health analyse l’utilisation de ces modèles pour étudier la durabilité du TAVI. Les simulations peuvent reproduire le déploiement de la prothèse, les contraintes mécaniques, la déformation du stent et certains profils d’écoulement susceptibles de contribuer à la dégénérescence. Cette revue sur la modélisation de la durabilité du TAVI souligne toutefois que les prédictions restent exploratoires : la validation reliant les marqueurs simulés aux résultats cliniques à long terme n’est pas encore établie.
L’IA entre dans la planification
L’intelligence artificielle (IA) automatise progressivement l’analyse des scanners pré-TAVI : segmentation de l’anneau et de la racine aortique, mesure des dimensions et des distances aux ostia coronaires, et analyse des calcifications. Ces outils peuvent accélérer et standardiser le sizing et la planification de l’implantation.
Circle Cardiovascular Imaging, avec sa plateforme cvi42, propose notamment l’automatisation de ces mesures, ainsi que la visualisation virtuelle du dispositif et la planification de l’accès fémoral.
De l’imagerie à la planification : cvi42 transforme les données du scanner cardiaque en paramètres exploitables pour le TAVI. © Circle Cardiovascular Imaging
La valve, sa durée de vie
Un implant conditionne la suite thérapeutique
Les recommandations de la European Society of Cardiology (ESC) et de la European Association for Cardio-Thoracic Surgery (EACTS), publiées en 2025, intègrent l’âge, l’espérance de vie, l’anatomie, la durabilité et les possibilités de réintervention dans le choix de la stratégie valvulaire. Chez les patients de 70 ans ou plus présentant une sténose aortique sur valve tricuspide, le TAVI est recommandé lorsque l’anatomie est appropriée ; chez les patients plus jeunes, la chirurgie conserve une place importante lorsque plusieurs interventions au cours de la vie sont susceptibles d’être nécessaires.
Le choix de la première prothèse engage ainsi la suite : accès coronaire, risque de mismatch, positionnement, géométrie et faisabilité d’une réintervention. Le lifetime management impose de considérer la prothèse non comme un dispositif définitif, mais comme le premier élément d’une trajectoire thérapeutique.
Les données à très long terme restent toutefois plus limitées pour les valves transcathéter, notamment chez les patients jeunes, en présence de valves bicuspides ou dans les procédures valve-in-valve. Une éventuelle réintervention dépendra notamment de la géométrie de la prothèse initiale, de son alignement commissural, de sa relation avec les coronaires et de l’espace disponible pour un TAVI-in-TAVI.
De la valve au système cardiovasculaire
La performance d’une valve dépend de l’interaction entre matériaux, géométrie, hémodynamique, anatomie, imagerie, systèmes de délivrance et données cliniques.
La conception s’étend du dispositif à son écosystème technologique, de la caractérisation anatomique et de la planification à l’implantation, au suivi et à la réintervention.
La Vision mondiale pour le coeur 2030 place l’innovation et les technologies parmi les leviers de la santé cardiovasculaire de demain. La valve aortique en est une illustration très concrète.

« Don’t miss a beat » avec Cardi V.
Cardi V, mascotte officielle de la Journée mondiale du cœur 2026, 29 Septembre © Fédération mondiale du cœur