De l’orbite au casque du pompier, la chaîne technologique transforme la lutte contre les incendies de végétation.
Les feux de forêt ne sont plus seulement combattus une fois les flammes visibles. Satellites thermiques, intelligence artificielle, capteurs de gaz, drones, robots et autres technologies de détection incendie interviennent désormais à chaque étape : anticiper le risque, repérer un départ de feu, prévoir sa propagation, guider les secours et mesurer les dégâts.
Cette évolution technologique répond à un paradoxe. En 2025, la surface brûlée à l’échelle mondiale a été l’une des plus faibles des deux dernières décennies. Pourtant, plusieurs incendies ont atteint des niveaux de destruction humaine et économique exceptionnels. Les premiers mois de 2026 ont ensuite enregistré une forte accélération de l’activité mondiale.
La surface brûlée ne suffit donc pas à mesurer la gravité d’une saison ni le risque incendie auquel sont exposés les territoires. Un feu parcourant une savane faiblement peuplée n’a pas les mêmes conséquences qu’un incendie traversant une interface entre forêt et ville, un habitat d’espèces menacées ou une zone densément bâtie.
État des lieux, climat et biodiversité
Une activité mondiale trompeusement modérée en 2025
Selon l’étude Wildfires in 2025, publiée dans Nature Reviews Earth & Environment, environ 335 millions d’hectares ont brûlé dans le monde en 2025. Il s’agit de la deuxième plus faible superficie annuelle enregistrée depuis 2002, environ 16 % sous la moyenne de la période 2002-2024.
Les incendies ont émis près de 11 milliards de tonnes de CO₂, soit le troisième total le plus faible de la série étudiée.
Cette accalmie statistique masque pourtant plusieurs crises régionales. Les incendies de Los Angeles, de Corée du Sud et d’Europe ont causé plus de 90 morts et entraîné plus de 300 000 évacuations.
Au Canada, 2025 a marqué une troisième année consécutive d’émissions extrêmes liées aux feux de forêt. Dans les forêts boréales canadiennes, les émissions cumulées entre 2023 et 2025 ont dépassé celles des quinze années précédentes réunies. Cette concentration des émissions dans des écosystèmes riches en carbone illustre les limites d’une lecture fondée uniquement sur la surface mondiale brûlée.
À Los Angeles, les incendies de janvier 2025 ont causé 31 morts, détruit près de 12 000 logements et forcé plus de 150 000 personnes à évacuer. Les pertes économiques totales sont estimées à environ 140 milliards de dollars. Par l’ampleur des pertes assurées, ces incendies figurent parmi les cinq catastrophes naturelles les plus coûteuses jamais recensées.
En Europe, les sécheresses répétées et les chaleurs extrêmes ont favorisé des incendies particulièrement perturbateurs : 28 morts, plus de 120 000 évacuations et six pays sollicitant simultanément des moyens par l’intermédiaire du mécanisme de protection civile de l’Union européenne. Le Royaume-Uni a également enregistré son premier mégafeu, dépassant 10 000 hectares.
L’année 2025 confirme ainsi qu’une faible surface brûlée à l’échelle mondiale peut coexister avec des catastrophes majeures. Le coût réel dépend de l’intensité des feux, de leur localisation et de l’exposition des populations, des infrastructures et des écosystèmes.

Carte des incendies recensés en Californie en 2025, avec leurs périmètres et principales données d’intervention. © CAL FIRE
Un début d’année 2026 record
Selon des données compilées par World Weather Attribution et rapportées par Reuters, à partir notamment du Global Wildfire Information System, plus de 150 millions d’hectares ont brûlé entre janvier et avril 2026.
Il s’agit du niveau le plus élevé enregistré pour cette période dans la série étudiée, environ 20 % au-dessus du précédent record. Au 6 mai, le cumul mondial dépassait 160 millions d’hectares, contre une moyenne d’environ 110 millions à cette période de l’année.
L’Afrique représentait près de 85 millions d’hectares, soit 23 % de plus que son précédent maximum. En Asie, le total atteignait environ 44 millions d’hectares, près de 40 % au-dessus du précédent record régional.
Ces données incluent toutes les surfaces parcourues par le feu, notamment des savanes et certaines terres agricoles. Elles ne correspondent donc pas à 150 ou 160 millions d’hectares de forêts détruites.
En Europe, la référence institutionnelle pour le suivi des incendies est le European Forest Fire Information System, composante du programme Copernicus.
Le changement climatique multiplie les conditions favorables
Le changement climatique n’allume pas directement chaque incendie mais contribue à accroître le risque incendie. Les départs de feu restent souvent liés aux activités humaines, aux infrastructures électriques, à la foudre ou à des accidents.
Le réchauffement modifie cependant le milieu dans lequel ces départs surviennent : températures plus élevées, végétation plus sèche, sécheresses plus longues et saisons propices aux incendies plus étendues.
Une étude d’attribution consacrée aux incendies de Los Angeles a conclu que le changement climatique avait accru d’environ 35 % la probabilité des conditions météorologiques favorables à ces incendies. L’analyse relève également un allongement de la saison sèche et une diminution des précipitations automnales dans la région.
En Corée du Sud, une analyse de World Weather Attribution a estimé que le réchauffement avait environ doublé la probabilité des conditions associées aux incendies meurtriers de mars 2025. L’intensité de l’indice combinant chaleur, sécheresse de l’air et vent aurait augmenté d’environ 15 %.
Ces résultats doivent être interprétés avec précision. Une étude d’attribution peut mesurer la probabilité de conditions météorologiques favorables, leur intensité, la durée de la saison ou la surface brûlée. Ces indicateurs décrivent des dimensions différentes du risque incendie.
À ce réchauffement de fond s’ajoute la variabilité naturelle. Le 2 juin 2026, l’Organisation météorologique mondiale estimait à 80 % la probabilité qu’un épisode El Niño se développe entre juin et août 2026.
El Niño ne provoque pas partout davantage d’incendies mais peut accroître le risque incendie dans certaines régions. Il modifie les régimes de température et de précipitations, renforçant le risque de sécheresse dans certaines régions et favorisant davantage de pluie dans d’autres.

El Niño modifie les régimes de précipitations dans différentes régions du monde © World Meteorological Organization
Une pression croissante sur la biodiversité
Une étude dirigée par Xiaoye Yang et publiée dans Nature Climate Change a évalué l’exposition future de 9 592 espèces non marines déjà identifiées comme vulnérables à une augmentation de la fréquence ou de l’intensité des incendies.
Dans le scénario climatique intermédiaire SSP2-4.5, les chercheurs projettent une augmentation de 9,3 % de la surface brûlée mondiale et une hausse de l’exposition au feu pour environ 83,9 % des espèces étudiées.
Ce résultat ne signifie pas que 83,9 % de toutes les espèces de la planète sont directement menacées. Il concerne un ensemble d’espèces déjà reconnues comme sensibles à la modification des régimes d’incendie.
Certains écosystèmes, comme plusieurs savanes et forêts méditerranéennes, sont adaptés à des feux périodiques. Le danger augmente lorsque les incendies deviennent trop fréquents, trop intenses ou surviennent à une saison inhabituelle, réduisant le temps disponible pour la reconstitution de la végétation et des populations animales.
Au-delà de la mortalité immédiate, la répétition des incendies peut empêcher la régénération des habitats et faire basculer durablement certains écosystèmes vers une nouvelle végétation, moins favorable aux espèces qui y vivaient auparavant.
Les conséquences peuvent être durables : destruction des abris et des ressources alimentaires, fragmentation des habitats, érosion des sols, pollution des cours d’eau, progression d’espèces invasives et transformation de la végétation.

Les incendies plus fréquents ou plus sévères peuvent transformer durablement les écosystèmes en modifiant la végétation, les habitats et le cycle du carbone. © USGS Alaska Science Center
Innovations : anticiper, détecter et intervenir
Satellites thermiques, capteurs de gaz, caméras intelligentes, drones, robots et outils de simulation interviennent à chaque étape de la gestion des incendies.
Leur efficacité repose moins sur une technologie isolée que sur leur intégration dans une même chaîne opérationnelle, une chaîne complète de détection incendie, d’analyse et d’intervention.
Satellites : détecter avant que le feu ne s’étende
FireSat, une constellation dédiée aux incendies
FireSat est un projet de constellation spécialisé détection, le suivi et la caractérisation des incendies. Il est porté par l’Earth Fire Alliance, Muon Space et Google Research.
Une fois entièrement déployée, la constellation doit observer les régions du monde les plus exposées environ toutes les vingt minutes.
Les partenaires du programme annoncent que ses instruments pourront détecter des foyers d’environ 5 × 5 mètres. Cette performance provient de la communication du consortium et ne constitue pas un seuil garanti dans toutes les conditions d’observation.
Un premier prototype a été lancé le 14 mars 2025. Les premières images publiées par l’Earth Fire Alliance comprenaient notamment un petit feu de bord de route dans l’Oregon, non repéré par les autres systèmes satellitaires cités par le programme.
Les instruments infrarouges doivent également mesurer le périmètre, la progression et l’intensité des incendies.
Le lancement de trois premiers satellites opérationnels reste annoncé pour le milieu de l’année 2026. La constellation complète doit progressivement dépasser 50 satellites d’ici 2030. Google.org a apporté 13 millions de dollars au programme.

Plateforme satellitaire modulaire Condor, conçue pour accueillir différentes charges utiles, notamment dans le cadre de missions d’observation de la Terre. © Muon Space
OroraTech, l’analyse thermique en orbite
La société allemande OroraTech développe des nanosatellites équipés de capteurs infrarouges thermiques et une plateforme consacrée à la surveillance des incendies.
Le service, également présenté par l’Agence spatiale européenne, associe données satellitaires, analyses automatisées et sources complémentaires d’observation de la Terre.
Une partie du traitement est réalisée directement à bord afin de sélectionner les informations prioritaires avant leur transmission au sol. Cette architecture peut accélérer l’alerte lorsque la couverture orbitale et les communications le permettent.
Les délais de quelques minutes évoqués par OroraTech ne sont toutefois pas garantis pour chaque territoire ni pour chaque passage satellitaire.
Plateforme satellitaire d’OroraTech dédiée à la détection, au suivi et à l’analyse des incendies de végétation. © OroraTech
ICEYE, cartographier les dégâts malgré la fumée
La société finlandaise ICEYE utilise des satellites radar pour cartographier les dommages causés par les incendies.
Le radar à synthèse d’ouverture peut observer le sol de nuit, à travers les nuages et sous d’importantes quantités de fumée.
Lors des incendies de Los Angeles de 2025, l’entreprise a annoncé une précision de 99 % pour les bâtiments classés comme détruits. Son analyse détaillée précise que ce chiffre correspond à la proportion de bâtiments correctement identifiés parmi ceux signalés comme détruits par son système.
Il ne s’agit donc pas d’un taux général de détection des incendies. Le service intervient surtout pendant et après la catastrophe afin d’évaluer rapidement l’étendue des dommages.
Capteurs et caméras : gagner les premières minutes
Dryad Networks, détecter les gaz de combustion
L’entreprise allemande Dryad Networks développe Silvanet, une solution de détection incendie reposant sur un réseau de capteurs solaires conçu pour repérer les premiers signes d’un incendie.
La documentation du capteur Silvanet indique qu’il mesure notamment le monoxyde de carbone, les composés organiques volatils et les particules produites pendant la pyrolyse ou la combustion.
Il peut ainsi détecter certains feux couvants avant l’apparition d’un panache clairement visible.
La rapidité de l’alerte dépend toutefois de la distance au foyer, du combustible, du vent, du relief et de la densité du réseau. Un déploiement à grande échelle exige aussi une connectivité adaptée et une maintenance régulière.

Capteur Silvanet installé en forêt pour détecter précocement les gaz et particules produits par la combustion. © Dryad Networks
Pano AI, surveiller l’horizon
Pano AI associe des caméras panoramiques à haute définition à des algorithmes d’analyse d’images.
Installées sur des points élevés, les caméras repèrent les panaches de fumée. L’intelligence artificielle analyse les images en continu, puis des opérateurs peuvent vérifier les alertes avant leur transmission aux services d’urgence.
La solution est utilisée par des collectivités, des services de secours et des opérateurs de réseaux électriques aux États-Unis, au Canada et en Australie.
Comme tous les systèmes optiques, son efficacité dépend de la visibilité, du relief, du brouillard, des nuages et de la position des caméras.

Caméra panoramique de Pano AI utilisée pour repérer les panaches de fumée et améliorer la connaissance de la situation en temps réel. © Pano AI
Pyronear, une alternative ouverte
En France, l’association Pyronear développe des outils ouverts de détection reposant sur des caméras, des modèles d’intelligence artificielle et des logiciels de supervision.
Son approche open source facilite l’audit du code, les expérimentations et la réutilisation des outils.
Le passage à une utilisation opérationnelle suppose néanmoins une couverture territoriale suffisante, une alimentation fiable, une bonne gestion des fausses alertes et une intégration aux procédures des services d’incendie.
Drones et robots : intervenir sans exposer les équipes
Seneca, l’attaque initiale autonome
La société américaine Seneca développe des drones autonomes destinés à la détection et à l’attaque initiale des incendies.
Selon les caractéristiques communiquées par l’entreprise, ses appareils peuvent transporter plus de 100 livres de produit extincteur, soit plus de 45 kilogrammes, et le projeter à une pression supérieure à 100 PSI.
Seneca affirme avoir démontré son système sur des feux réels avec des services d’incendie dans quatre États américains.
Les appareils ciblent principalement les départs de feu encore limités et les secteurs difficiles d’accès. Leur intérêt ne réside pas dans le volume transporté, très inférieur à celui d’un avion bombardier d’eau, mais dans la rapidité et la précision de l’intervention.
Le 20 octobre 2025, l’entreprise a annoncé avoir réuni 60 millions de dollars afin d’augmenter sa capacité de production et de préparer ses premiers déploiements.
Ces démonstrations ne prouvent pas encore l’efficacité du système à grande échelle dans toutes les conditions de vent, de relief et d’intensité.
Drone autonome de Seneca destiné à la détection et à l’attaque initiale des départs de feu. © Seneca
FireDrone, approcher les zones trop chaudes
FireDrone est un appareil résistant à la chaleur, développé à partir de recherches menées par l’Empa et l’Imperial College London.
L’Imperial College London le présente comme un drone de reconnaissance destiné aux bâtiments en feu et aux incendies de végétation.
Une présentation de l’administration fédérale suisse indique que son isolation à base d’aérogel lui permet d’évoluer dans des environnements atteignant environ 200 °C.
Le drone peut embarquer des caméras et des capteurs afin de recueillir des informations dans des zones trop dangereuses pour des appareils conventionnels ou des intervenants humains. Sa mission principale est la reconnaissance, non le transport d’eau.

FireDrone, appareil de reconnaissance conçu pour évoluer à proximité de zones soumises à des températures extrêmes. ©FireDrone
Colossus, le robot lourd des pompiers
Le robot chenillé Colossus de Shark Robotics assiste les pompiers dans les environnements soumis à la chaleur, aux fumées ou à un risque d’effondrement.
Il peut effectuer des reconnaissances, transporter du matériel, déplacer des charges et recevoir un canon à eau.
La Brigade de sapeurs-pompiers de Paris l’a notamment engagé lors de l’incendie de Notre-Dame en avril 2019.
Selon sa configuration, le robot pèse environ une demi-tonne. Il reste téléopéré : les équipes conservent la maîtrise de ses déplacements et de la stratégie d’intervention.

Robot Colossus équipé pour la reconnaissance, le transport de matériel et la projection d’eau en environnement dangereux. © Shark Robotics
Le pompier augmenté : voir, communiquer et économiser l’eau
Longan Vision, la vision thermique mains libres
La société canadienne Longan Vision développe des systèmes d’imagerie thermique destinés aux pompiers.
Son Fusion Vision System associe une caméra thermique fixée au casque à un affichage placé dans le champ de vision.
Le dispositif facilite la progression dans la fumée, la recherche de victimes, l’identification des obstacles et la localisation des sources de chaleur, tout en laissant les mains disponibles.
Il est plus exact de parler d’imagerie thermique avec affichage tête haute que de réalité augmentée complète. Son efficacité dépend notamment de l’autonomie, de l’ergonomie et de sa compatibilité avec les équipements de protection.

Le Fusion Vision System associe une caméra thermique fixée au casque à un affichage placé dans le champ de vision du pompier. ©Longan Vision
HEN Technologies, contrôler plus finement l’eau
HEN Technologies développe des lances, des moniteurs et des systèmes de contrôle de pompe intégrés à sa plateforme Fluid-IQ.
Ces équipements permettent d’ajuster plus précisément les débits, les pressions et la forme du jet.
Le fabricant annonce, pour certaines configurations, une extinction jusqu’à trois fois plus rapide avec une consommation d’eau réduite de 67 %.
Ces performances sont revendiquées par HEN Technologies. Elles ne peuvent pas être généralisées à tous les types de feux sans évaluations indépendantes supplémentaires.
goTenna, maintenir les communications hors réseau
La société américaine goTenna développe des radios compactes capables de créer un réseau maillé entre les intervenants, sans dépendre d’une couverture mobile, du Wi-Fi ou d’une infrastructure fixe.
Associés à un téléphone ou à une tablette, ces équipements permettent de partager positions GPS, messages chiffrés, périmètres cartographiques et alertes opérationnelles. Ils complètent les radios vocales traditionnelles dans les zones isolées ou lorsque les réseaux sont saturés.
goTenna participe également à un projet soutenu par la NASA, aux côtés d’Urban Sky et du Jet Propulsion Laboratory.
Le dispositif associe microballons stratosphériques, capteurs infrarouges et relais maillés afin de transmettre presque en temps réel aux équipes au sol des cartes de points chauds et de périmètres d’incendie.
Intégré au programme NASA FireSense, il illustre l’évolution des communications opérationnelles, qui transportent désormais la voix, les positions, les données thermiques et les alertes.

Microballon stratosphérique utilisé comme plateforme d’observation et relais de communication lorsque les infrastructures terrestres sont indisponibles. © Urban Sky
Prévision, simulation et aide à la décision
Les outils de simulation appliqués aux incendies combinent topographie, végétation, humidité des combustibles, météo, observations satellitaires, données de drones, position des secours, réseaux routiers et bâtiments exposés.
Cette représentation dynamique permet d’explorer différents scénarios : direction probable du front, exposition des habitations, routes d’évacuation ou positionnement des moyens de lutte.
Les simulations peuvent être actualisées à mesure que de nouvelles données arrivent. Leur précision dépend cependant de la qualité des observations, de la vitesse de calcul et de la capacité des modèles à intégrer les changements rapides du vent et du comportement du feu.
Ces systèmes ne prédisent pas l’avenir avec certitude. Ils produisent des scénarios probabilistes destinés à éclairer les décisions.
Climate Innov, transformer le comportement du feu en scénarios opérationnels
La société française Climate Innov développe des logiciels d’analyse des risques environnementaux et d’aide à la décision, avec une application dédiée à la sécurité civile et à la gestion des feux de forêt.
Sa solution SecuFire Action associe analyse géospatiale, données satellitaires, informations météorologiques, modélisation prédictive et intelligence artificielle afin de simuler la propagation potentielle d’un feu.
L’objectif n’est pas de détecter directement un départ d’incendie, mais d’aider les services de secours à comprendre comment un feu peut évoluer selon la topographie, la nature du terrain, la direction et l’intensité du vent, ainsi que l’humidité de la végétation.
Climate Innov présente SecuFire Action comme un outil opérationnel de planification et d’aide aux commandants des opérations de secours en phase de lutte contre le feu. L’entreprise indique également vouloir en faire un outil de prévention, d’aménagement du territoire et d’analyse du risque incendie.
Sa valeur se situe donc à un autre niveau que celui des satellites, des capteurs ou des drones. Elle transforme des observations hétérogènes en scénarios utilisables : zones potentiellement exposées, progression possible du front de feu, localisation des sites sensibles et aide au positionnement des moyens.
Climate Innov indique que sa technologie peut réduire le temps de décision de deux à trois heures et contribuer à limiter les surfaces touchées. Ces chiffres doivent être présentés comme des revendications de performance de l’entreprise, et non comme des résultats indépendamment établis.
Selon Sophianet, Climate Innov a lancé un produit minimum viable en 2025, mené des tests de terrain lors des incendies estivaux et vise une commercialisation de son outil d’aide à la décision pour les feux de forêt en 2026.
Climate Innov illustre une évolution importante de la lutte contre les incendies : l’enjeu ne réside plus seulement dans la détection, mais dans la capacité à convertir rapidement des données multiples en décisions lisibles, contextualisées et opérationnelles.

L’interface de Climate Innov consacrée à l’analyse du risque incendie et à la simulation de propagation des feux de forêt, pour aider les services de sécurité civile à anticiper l’évolution d’un feu et à planifier leur réponse. © Climate Innov
La NASA propose également plusieurs outils ouverts :
- Fire Event Explorer permet de visualiser la progression et les périmètres d’un incendie ;
- FIRMS diffuse des données satellitaires sur les feux actifs et les anomalies thermiques ;
- NASA Worldview donne accès à plus de 1 200 couches d’imagerie et de données satellitaires.
Des technologies à intégrer dans une stratégie globale
Chaque famille technologique possède ses propres limites.
La fréquence d’observation des satellites dépend de leurs orbites. Les caméras restent sensibles au relief, à la fumée, au brouillard et aux conditions de visibilité. Les capteurs au sol exigent un maillage suffisamment dense, une alimentation fiable et une maintenance régulière. Les drones dépendent de leur autonomie, de leur charge utile, du vent et des règles de circulation aérienne.
Les modèles numériques reposent sur la qualité des données météorologiques et environnementales. Leur précision diminue lorsque le comportement du feu évolue rapidement ou lorsque les observations disponibles sont incomplètes. La connectivité devient également critique lorsque les infrastructures sont endommagées, saturées ou absentes.
Le coût, la maintenance et la capacité de déploiement à grande échelle déterminent le passage d’un prototype à un service opérationnel. Les performances annoncées par les fabricants doivent être confrontées à des évaluations indépendantes, à des normes communes et à des essais menés avec les services d’incendie.
Ces technologies ne remplacent ni le débroussaillement, ni la réduction des combustibles, ni l’aménagement du territoire, ni l’entretien des réseaux électriques. Elles ne dispensent pas non plus des brûlages dirigés lorsqu’ils sont appropriés, de la restauration des écosystèmes, de la formation des habitants ou de la préparation des évacuations.
Leur apport principal réside dans la réduction des délais, l’amélioration de la connaissance de la situation, l’aide à la décision et la diminution de l’exposition humaine.
Cette transformation repose aussi sur la recherche publique et la mise à disposition de données, de cartes et d’outils ouverts. Aux États-Unis, le programme USGS Wildland Fire Science étudie les causes, les conséquences et les fonctions écologiques des incendies afin d’accompagner les gestionnaires du feu et des territoires avant, pendant et après les événements.
Ses travaux portent notamment sur l’évolution des paysages, les effets des incendies sur les ressources en eau, les risques de coulées de débris après le passage des flammes et l’évaluation des dangers en cours. Ces infrastructures scientifiques complètent les solutions développées par les entreprises en fournissant les connaissances nécessaires à leur validation, à leur intégration opérationnelle et à la gestion de long terme des écosystèmes.
Cette approche intégrée figure au cœur de la résolution « Strengthening the global management of wildfires », adoptée lors de la septième Assemblée des Nations unies pour l’environnement, organisée à Nairobi du 8 au 12 décembre 2025.
Enregistrée sous la référence UNEP/EA.7/Res.7, elle figure dans la liste officielle des résolutions et décisions de l’UNEA-7.
De l’espace jusqu’au casque du pompier, la deep tech transforme progressivement la lutte contre les incendies et les feux de forêt.
La rupture ne viendra probablement pas d’une machine unique, mais de la capacité à relier ces outils dans une même chaîne opérationnelle : anticiper les feux de forêt, détecter, décider, intervenir et tirer les enseignements de chaque événement.